
Sécurité sociale : les fraudeurs « oubliés » par l’UMP
12/08/2011
Travail dissimulé, non déclaré, sous-déclaration
des accidents du travail et maladies professionnelles... Ce sont les
entreprises, et non les assurés sociaux, qui causent le plus lourd
préjudice financier.
Pour esquiver la responsabilité de leur politique dans le
déséquilibre des comptes sociaux, l’UMP, par la voix du député Mariani
et du ministre du Travail, Xavier Bertrand, braque à nouveau les
projecteurs sur la fraude sociale en l’imputant, a priori, aux
allocataires, tous promis à un fichage généralisé. Si le sujet ne se
prête guère à des chiffrages précis, les évaluations faites
officiellement discréditent les auteurs de cette opération politicienne.
À l’assurance maladie, par exemple, où, selon Pierre Fender, directeur
chargé de la répression de la fraude, celle-ci « est probablement
inférieure à 1 % du montant des prestations versées », la majorité des
fraudes détectées n’incombent pas aux assurés sociaux mais aux
professionnels de santé (voir encadré). Sur l’ensemble de la Sécurité
sociale, selon un rapport, déposé fin juin à l’Assemblée, du député UMP
Dominique Tian, la fraude aux prestations s’élèverait de 2 à 3 milliards
d’euros. Soit, au plus, 0,5 % du total des prestations. Tandis que la
fraude aux cotisations des entreprises, serait 4 à 5 fois plus
coûteuse : entre 8 et 15,8 milliards d’euros, relevant essentiellement
du travail dissimulé. De 10 à 12 % des entreprises sont en infraction.
Ainsi, pas moins de 5 à 7 % des salariés ne sont pas déclarés à la Sécu,
une « pratique courante, pour ne pas dire banalisée, dans certains
secteurs économiques », souligne le rapporteur. Les grandes marques de
l’habillement en sont particulièrement coutumières, en recourant à des
ateliers clandestins. Le plus souvent, les entreprises coupables
échappent aux redressements de cotisations, par le biais d’une opportune
mise en liquidation judiciaire. La fraude patronale prend aussi
d’autres formes, moins directes, mais non moins préjudiciables aux
finances sociales. Ainsi de la sous-déclaration des accidents du travail
et maladies professionnelles (AT-MP) : non déclarés comme tels, par les
salariés, sous la pression de leurs employeurs, ils sont alors pris en
charge par l’assurance maladie, en lieu et place de la branche
spécifique AT-MP de la Sécu, financée seulement par... les entreprises.
Il en coûte chaque année entre 600 millions et 1,1 milliard d’euros à la
caisse d’assurance maladie, selon un rapport officiel. Toute honte bue,
le pouvoir sarkozyste préfère stigmatiser l’ensemble des allocataires
sociaux que de s’attaquer aux puissants délinquants.
les chiffres de la cnam
156,3 millions d’euros : c’est le montant des fraudes à l’assurance
maladie, toutes catégories confondues, détectées et stoppées
en 2010,
selon le récent rapport de la délégation nationale
à la lutte contre la
fraude. Près de la moitié, 71,1 millions d’euros, est imputée aux
hôpitaux et aux cliniques (lesquels invoquent souvent des erreurs dans
la codification des actes, liée à la réforme de la tarification à
l’activité). Viennent ensuite diverses catégories de professionnels de
santé, en premier lieu les infirmiers libéraux et les transporteurs. Du
côté des assurés, la fraude la plus importante, selon le rapport,
concerne les indemnités journalières (IJ) pour arrêt maladie (pour 5,4
millions d’euros). Mais ici aussi la frontière est ténue entre fraude
et erreur, note un conseiller CGT de la Cnam : un salarié dont
on a
mal calculé les IJ sera jugé fraudeur alors qu’il ne maîtrise
en rien
la déclaration faite par l’employeur.
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