
Sept mois plus tard, où en sont les révolutions ?
02/08/2011
C’est un mouvement en dents de scie, progressant
dans un sens positif comme en Tunisie, marquant a priori le pas comme en
Égypte, où les islamistes essaient de rafler la mise, se heurtant à de
lourdes menaces en Syrie et au Yémen.
Sept mois après la révolution tunisienne qui a balayé le pouvoir
de Ben Ali en Tunisie, et près de six mois après la chute d’Hosni
Moubarak en Égypte, le plus dur semble avoir été fait. Dans les autres
pays arabes gagnés par la « contagion » démocratique – Syrie, Libye,
Yémen, Bahreïn, Jordanie, Maroc, Algérie –, en raison des conditions
historiques propres à chacun d’entre eux, la dynamique et le rythme des
mouvements populaires contre les régimes en place se traduisent
différemment. Aggravation de la crise en Syrie, où le Baas au pouvoir a
concédé ce qu’il refusait en mars dernier : lundi, Bachar Al Assad, qui
sait que la chute de son régime est un objectif à peine dissimulé des
États-Unis et de leurs alliés, a adopté un projet autorisant le
multipartisme, mais la répression continue (95 morts hier pour la seule
ville d’Hama), et les manifestations, qui ont pris une dimension
religieuse sunnite, avec de surcroît l’appel au djihad par al-Qaida, se
poursuivent, faisant craindre un risque de tensions
interconfessionnelles.
Démocratie, libertés et justice sociale réclamées
Intervention impérialiste (voir ci-contre) sur fond de guerre civile
en Libye ; intervention militaire saoudienne avec l’aval de Washington
au Bahreïn pour sauver la monarchie absolutiste des Khalifa ; situation
préoccupante au Yémen où la stratégie du chaos du président Abdallah
Saleh, qui s’accroche au pouvoir avec le soutien de Washington et de
Riyad, conjuguée à la dislocation de l’État et à l’offensive d’al-Qaida
dans plusieurs régions, fait craindre un risque de « somalisation » ;
timide ouverture constitutionnelle au Maroc qui laisse en l’état la
nature absolutiste de la monarchie (voir article ci-contre) et
concessions mineures avec à la clé l’achat à coups de milliards de
dollars de la paix sociale en Algérie, deux régimes qui ne veulent pas
se laisser imposer un agenda par la rue… mais partout, un même mot
d’ordre, « le peuple veut la chute du régime », les mêmes aspirations à
la démocratie, aux libertés, à la justice sociale, à la fin de la
corruption, traduisant la volonté des peuples arabes de s’affranchir des
États et des régimes autoritaires !
La Tunisie, pionnier de ce printemps arabe, donne encore le ton : en
vue des élections du 23 octobre, la « haute instance pour la protection
des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la
transition démocratique », regroupement de 28 organisations sociales et
partis politiques, dont Ennahda (islamiste), a déjà adopté un certain
nombre de réformes, dont un « pacte républicain » (voir ci-contre
entretien avec Mohamed Romdhani). Mieux, le procès de Ben Ali et de son
clan – plusieurs peines ont déjà été prononcées – se poursuit, et son
parti, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), a été
dissous et ses locaux saisis.
Des lois liberticides toujours en vigueur
En dépit de ces avancées et du fait d’un contexte économique dégradé
– un chômage de 20 %, un tourisme en berne, une économie au ralenti – et
faute d’une aide internationale pourtant promise par le G8 en mai
dernier, les forces de la contre-révolution, aidées dans leur entreprise
par le jeu trouble du parti islamiste Ennahda, relèvent la tête : elles
sont derrière les actes de violence dont la Tunisie a été récemment le
théâtre. Y parviendront-elles ? Rien n’est moins sûr dans cette Tunisie
où la jeunesse, les femmes et les forces de progrès sont décidées à ne
pas se laisser voler leur victoire et à faire de leur pays le premier
État démocratique du monde arabe.
À la différence de la Tunisie, en Égypte, les réformes semblent
marquer le pas : l’état d’urgence datant de 1981 et les lois
liberticides sont toujours en vigueur. De plus, le 23 mars, a été
promulguée une loi interdisant les grèves sous prétexte d’entrave « au
processus démocratique » ! Certes, des proches de l’ex-chef d’État (le
premier ministre Ahmed Chafik) ont été limogés, certains arrêtés, mais
le conseil des forces armées, qui assure la transition, traîne à faire
juger l’ex-président Moubarak. Les partis de gauche, dont le PC
égyptien, regroupés au sein d’un Front des forces socialistes, tentent
de peser sur l’évolution d’une situation a priori incertaine. En effet,
les Frères musulmans, qui se sont dotés d’un parti, le Parti de la
justice et de la liberté (PJL), et les salafistes ont mobilisé, vendredi
au Caire, plusieurs centaines de milliers de personnes pour défendre
« l’identité islamique de l’Égypte » et réaffirmer la primauté de la
religion sur la loi. Cette démonstration de force est surtout destinée à
contrer les vrais acteurs de la chute de Moubarak, ces jeunes qui ont
réoccupé récemment la place Tahrir par crainte de voir leur révolution
confisquée et qui sont déterminés à défendre les idéaux qui ont permis
de renverser Moubarak. Il faudra compter avec eux mais aussi avec les
syndicats ouvriers. Les islamistes le savent. Car il ne s’agit pas d’une
histoire fléchée où tout est joué d’avance.
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