
Les questions que TF1 ne posera pas à Nicolas Sarkozy

10/02/2011
Etonnamment, L'Humanité
n'a jamais été invitée à poser ses questions au président de la
République en privé comme en public, encore moins en "prime time". Il
en est de même ce jeudi soir avec l'émission "Paroles de Français" sur
TF1 (20h30). Éducation, justice, affaires étrangères, logement,
protection sociale, médias : voici donc comment les journalistes de l’Humanité auraient passé au gril le chef de l’État.
A cinq semaines des élections cantonales, pas question de mettre le
chef de l’État en difficulté. Jean-Pierre Pernaut, qui endosse cette
année encore le costume de passe-plats de luxe, a déjà défini le champ
de l’acceptable. Les neuf Français qui composeront le panel, «feront
connaissance jeudi midi à déjeuner et Jean-Pierre Pernaut les rejoindra
au café, pour leur expliquer le déroulé de l’émission», explique le
journaliste du Monde Arnaud Leparmentier : « On n’a pas retenu le thème
de l’intégration et de la banlieue», lui a expliqué le présentateur de TF1. Pas plus que la Tunisie, « hors-cadre ». Avant l’émission, la rédaction de l’Humanité se propose de pallier ces manques, en posant ses propres questions.
- Vous avez accusé les magistrats de laxisme à la
suite d’un fait-divers sordide. C’est une constante depuis 2002 :
juges, enseignants, police. Ce soir, vous exercez votre défiance en
direction des journalistes, absents de ce débat. Avez-vous peur de
l’exercice du droit de suite, de la mise en perspective de vos
réponses ?
- Pourquoi reprocher aux magistrats des dysfonctionnements dont ils ne sont pas responsables ?
En manque chronique d’effectifs depuis des années, le Service
pénitentiaire d’insertion et de probation de Nantes n’a pu assurer le
suivi de Tony Meilhon, condamné à un sursis avec mise à l’épreuve pour
« outrage à magistrat ». Une situation que le service nantais avait
déjà signalé à la Chancellerie, qui n’a pas réagi.
- Comment pouvez-vous justifier la suppression de 16 000 postes d’enseignants
à la rentrée prochaine alors que le nombre d’élèves est en augmentation
dans les écoles, collèges et lycées ? En primaire, 8 967 postes doivent
disparaître alors que l’on y attend quelque 8 900 nouveaux élèves. Le
secondaire accueillera, lui, 48 500 élèves de plus et 4 800 postes de
moins.
- « On ne peut laisser les familles seules face à la montée de la dépendance »,
il s’agit d’une « priorité nationale », avez-vous dit. Vous répétez que
la dépendance « doit obéir au principe d’universalité et de paritarisme
qui gouverne les autres branches de la Sécurité sociale ». Êtes-vous
prêt à garantir un financement basé sur la solidarité nationale dans le
cadre du service public ?
- « D’ici à deux ans plus personne ne doit dormir sur le trottoir et y mourir de froid »,
avez-vous déclaré. Or, depuis 2007, 1 306 sans-abri ont perdu la vie
dans la rue, selon les chiffres du collectif les « Morts de la rue » et
l’Insee comptabilise près de 100 000 SDF dans notre pays en 2010. Selon
votre raisonnement, ils le sont « de leur plein gré » ?
- Vous aviez promis de rompre avec la diplomatie du passé.
Or vous avez continué à soutenir autocrates et dictateurs, en Afrique
(Gabon), au Maghreb (Tunisie, Algérie). Où est cette rupture
diplomatique privilégiant la démocratie et les libertés ?
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