
Le groupe, société anonyme désormais, et ses actionnaires ont le
sourire aux lèvres. Si l’on en croit John Honoré, analyste à la Société
Générale, cette augmentation des tarifs réglementés devrait provoquer un
bond de 950 millions d'euros du bénéfice brut d'exploitation (Ebitda)
d'EDF sur les 12 mois à venir. C’est « une énorme surprise positive »,
abondent les analystes de Bank of America Merrill Lynch. Aussi, 15h50,
alors que le CAC40 est stable à +0.12% de variation, l’action EDF
affiche la plus forte hausse du jour : +4.98%.
On se réjouit moins du côté des consommateurs. « Cumulé à la hausse
importante des tarifs du gaz (+15% cette année, ndlr), ça commence à
faire vraiment beaucoup pour les ménages », a réagi Caroline Keller, de
l'UFC Que Choisir. « C'est une très mauvaise nouvelle à un moment où il y
a une crise aiguë du pouvoir d'achat », a renchéri Thierry Saniez,
délégué général de la CLCV.
Selon le gouvernement, cette nouvelle hausse tarifaire se justifie
par les importants investissements que doit consentir EDF afin de
rénover son parc de production ou de développer les énergies
renouvelables. EDF va investir 8 milliards d'euros en 2010 dans ses
centrales et son réseau électriques, une somme en hausse de 15% par
rapport à 2009, souligne ainsi le ministère de l'Energie.
Le gouvernement communique surtout sur le caractère « différencié »
de la hausse de ces tarifs, celle-ci étant pensée pour favoriser les
« comportements vertueux ». Concrètement, les ménages qui consomment
beaucoup d'électricité (abonnement supérieur à 18kVA) seront à l'avenir
obligés de souscrire un abonnement de type heure creuse/heure pleine ou
Tempo. Il s'agit d'inciter les ménages à consommer moins lors des pics
de la demande (en particulier le soir en hiver), pendant lesquels la
France doit importer de l'électricité ou la produire à partir d'énergies
polluantes (charbon, fioul). Si on en croit le ministère, « la grille
tarifaire doit permettre à ceux qui ont un comportement vertueux de
gagner de l'argent ». Enfin, afin de lutter contre la précarité
énergétique, le gouvernement annonce qu'il va augmenter de 10% l'aide
proposée aux ménages les plus en difficultés dans le cadre du « tarif de
première nécessité ».
Mais cette augmentation « ne dit pas son ‘nome’ », dixit François
Brottes, député PS. Elle est « destinée à anticiper les effets du projet
de loi portant nouvelle organisation du marché de l'électricité
(NOME) ». Les analystes de la Bank of America l’affirment aussi
spontanément : cette hausse des tarifs « montre que le gouvernement
comprend que la conséquence de la loi Nome est une hausse des prix de
l'électricité ». Or, « la loi NOME n'entrera pas en vigueur avant
octobre ou novembre prochain, soit bien après cette nouvelle hausse de
l'été 2010, ce qui permettra de réduire artificiellement l'impact de la
réforme législative sur les tarifs de l'électricité », explique le
député PS de l’Isère. « Malgré cet artifice, le gouvernement aura du mal
à masquer longtemps les conséquences de ses choix politiques »,
ajoute-t-il. Il s’agit en effet d’un choix tout à fait politique,
idéologique, dans la parfaite lignée du libéralisme et de la concurrence
libre et parfaite prônée par les eurocrates.
L'UFC Que Choisir a raison de redouter une « flambée des prix » après
l'adoption de cette loi NOME, en seconde lecture au Parlement en
septembre. Celle-ci va obliger EDF à céder, à prix coûtant, jusqu'à un
quart de la production d'électricité de son parc nucléaire à ses
concurrents (GDF Suez, Poweo, Direct Energie, etc...). Selon des
hypothèses de travail de la Commission de régulation de l'Energie (CRE),
cette loi pourrait provoquer une hausse des tarifs de 11,4% puis de
3,5% par an, soit jusqu'à 25% d'ici à 2015 !
Le ministère de l'Energie assure pour sa part que la loi « ne traite
pas de la question du niveau des tarifs réglementés » et n'a donc
« aucune incidence sur le mouvement tarifaire ». Cependant, l’actif du
Gouvernement a de quoi encourager à la méfiance voire à la lutte. Le
contrat de service public signé le 24 octobre 2005 entre EDF et l'Etat
prévoyait que « l'évolution des tarifs de vente de l'électricité aux
particuliers » ne serait « pas supérieure au taux de l'inflation »
jusqu'en 2010. Or depuis lors, les tarifs ont augmenté de 10% et
l'inflation de 7,5%.
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