
Lettre ouverte aux communistes
08/01/2011
Le
20 juin 2010, j’ai présenté au 35ème Congrès du Parti Communiste
Français mon offre de candidature pour représenter le Front de gauche
aux prochaines élections présidentielles. Elle faisait suite à l’accord
que j’avais donné, début juin, pour que mon nom soit cité, parmi
d’autres, comme candidat potentiel.
Sans
ambiguïté, je soulignais alors mon attachement à une candidature
commune du Front de gauche pour affronter cette importante échéance
électorale.
Je
m’inscrivais ainsi dans les orientations de la résolution
finale du Congrès, adoptée le même jour :
«
Pour l'élection présidentielle, la candidature pourra soit être issue
de l'une des formations du Front de gauche, soit être issue du
mouvement social, et partager les objectifs du pacte. Ce débat doit
être mené sans préalable ni exclusive. Dans cette perspective, des
personnalité-e-s communistes sont légitimes à s'engager comme
candidat-e potentiel-le du rassemblement pour porter l'originalité de
cette ambition. Dans le cadre de la préparation du congrès du printemps
2011, nous examinerons toutes les propositions et les hypothèses que
les communistes souhaiteront mettre en débat. Au terme de ce processus,
à ce congrès, nous désignerons le ou la candidate soutenu-e par le PCF.
L’assemblée des animateurs de section, fin 2010, constituera un point
d’étape de cette réflexion et de ce processus».
Le sens de ma candidature
Le
8 septembre 2010, à la veille de la Fête de l’Humanité, je précisais le
sens de mon offre de candidature : « … Le Front de gauche tire sa
force et ses succès de sa diversité, en rassemblant des militants
attachés à la transformation sociale et qui veulent dépasser les échecs
de leur propre parti : communistes, socialistes, extrême gauche,
écologistes, mouvement social... cette pluralité est une formidable
richesse. Conjuguée à une réelle assise populaire, elle peut permettre
de co-élaborer un projet transformateur pour la France.
C'est
pour cette même raison que je suis attaché à une candidature commune du
Front de gauche pour les élections présidentielles. Pour moi, il n'y a
pas de femmes ou d'hommes providentiels. Le Front de gauche est composé
de plusieurs courants : plusieurs candidatures sont donc possibles pour
porter son projet partagé, qu’elles soient issues des différentes
formations du Front de gauche, ou du mouvement social… Aucun candidat
ne s’impose a priori. C'est le sens de mon offre de candidature.
Qui
dit Front dit ensemble de différences. Chaque formation, comme chaque
individu, a sa personnalité, son histoire propre, ses priorités. La
famille politique que je représente, comme les autres, a ses
particularités, ses propres orientations. Je pense notamment à la
question sociale, et plus particulièrement à la participation active du
monde du travail à la création de richesses dans un nouveau type de
développement. Je pense aussi à cette volonté que nous avons toujours
eue d'être les porteurs et les passeurs des exigences populaires. Cette
sensibilité-là a besoin de s’exprimer et d’être entendue, au côté
d'autres. …
J'ai
certes conscience du caractère particulier de ma candidature. Elle est
différente, donc un brin anachronique dans le bouillonnement médiatique
autour d'une poignée de personnalités nationales. Serait-il donc
incongru qu'un élu local, forgé dans la défense des intérêts de la
population d'un territoire, puisse porter un message national ? Cette
proximité, cette connaissance des Français ne serait-elle pas au
contraire la première garantie de construire avec eux ?
Il
n'est pas une journée durant laquelle je ne fais pas le constat que le
système libéral, qui encadre notre vie, marche sur la tête, à tel point
que les jeunes devraient demain vivre moins bien que leurs parents. Il
n'est pas une journée sans que je me dise que notre société est
complètement dévoyée par une poignée de grands groupes financiers et de
privilégiés. Et il n'est pas une journée sans que je réfléchisse à ce
que nous pourrions tous ensemble mettre en oeuvre pour bousculer ce
capitalisme qui casse tant de vies : il est vraiment temps de dépasser
ce système essoufflé, tellement abandonné à la finance qu'il s'est
lui-même condamné.
Dans
ce grand pays qu'est la France, nous devons imaginer et mettre en
oeuvre un nouveau modèle social. Il nous faut redonner à la France la
place qu'elle doit avoir pour aider la planète à privilégier le bonheur
humain ».
Le peuple de France veut le changement
Depuis,
le mouvement social des retraites a confirmé l’exigence de changement.
Je me suis efforcé de traduire cette volonté du peuple de France, le 8
novembre 2010, à l’occasion du meeting de Jappy, organisé par le Parti
Communiste Français, durant lequel j’ai été appelé à m’exprimer.
«
Je vous le dis, l’expérience douloureuse de la crise,
comme les
réformes destructrices du pouvoir, ont créé une
majorité. Une majorité
qui veut que la France change de cap. La bataille exceptionnelle autour
de la question des retraites est la première grande
confrontation
contre le système, contre le libéralisme
mondialisé qui ne connaît plus
de limites. Une chose est sûre : les Français ont compris
que dans ce
système capitaliste, la règle veut qu’on ne partage
que les pertes,
jamais les bénéfices. Et il y a en a des
bénéfices ! On croule sous
l’argent en France et dans le monde. … Nos compatriotes
veulent que
l’économie privilégie l’intérêt
général aux intérêts privés ! Ils
refusent d’être réduits à être des
« choses », des choses tout juste
bonnes à produire des bénéfices pour une
poignée d’actionnaires
insatiables au détriment de l’avenir de
l’humanité et de la planète !
… Et ils nous le disent sous les formes les plus diverses, ils
nous
dressent une bonne feuille de route. Une feuille de route à
double
usage : pour les luttes d'aujourd'hui et pour les scrutins de demain.
Cette feuille de route nous convient parce qu’elle tourne le dos
à la
mal vie. Elle nous convient parce qu'elle place
l’intérêt personnel
bien compris de chacun d’entre nous au cœur de notre projet
de
transformation sociale.
Et
elle me convient personnellement parce que ce sont ces mêmes valeurs,
et ces mêmes fondamentaux, qui ont toujours guidé mon action, comme
celle de tant de camarades, dans le quotidien de notre pratique
politique et dans les responsabilités qui nous sont confiées, en
Auvergne comme dans bien d'autres territoires ruraux et urbains.
Je
voudrais le dire ici : de ma vie de militant, d'élu de proximité, de
député, je n'ai tiré qu'une seule véritable leçon : la démocratie,
c'est l'arme du grand nombre. La démocratie, c'est l'art d'être
ensemble et de se respecter, d'analyser et d'échanger, de coélaborer et
de porter des projets partagés. C'est avec cette démocratie-là qu'il
nous faut bâtir une nouvelle communauté humaine. "Je pose le principe
que tous les hommes sont philosophes" écrivait Gramsci dans ses
"Carnets de prison".
…
Nous ne sommes pas les plus forts. Nous ne sommes pas les plus
intelligents. Et je laisse à d’autres le soin d’avoir raison sur tout.
Mais j’ai une conviction profonde : ouvrons la porte de la démocratie
économique et sociale, laissons la société parler, laissons la liberté
de se choisir un destin, faisons parler ensemble employés, ouvriers,
chômeurs, fonctionnaires, artisans, laissons la France libre
d’elle-même, et tranquillement une autre politique verra le jour ».
L’exigence d’une construction citoyenne
Durant
ces derniers mois, au fil des rencontres sur l’ensemble du territoire,
j’ai pu constater non seulement combien les Françaises et les Français
souhaitaient ce changement, mais combien ils exigeaient aussi d’être au
centre du débat politique. J’ai eu aussi la confirmation que les
communistes portent la conviction que la participation populaire est à
la fois le but et le moyen du changement politique, comme cela est si
bien formulé dans l’appel « espoir2012.org » :
«
La mise en commun de l'intelligence de chacun est un gage de réussite
dans la gestion des collectivités, dans les luttes syndicales, dans la
direction d'association, dans la conduite de projets collectifs, et
plus globalement dans la promotion de l’intérêt général. Nous avons la
conviction que les Français ne veulent plus que l'on parle en leur nom,
qu’ils veulent participer à la prise de décisions de leur environnement
professionnel jusqu'au gouvernement. Ils souhaitent un nouveau partage
du pouvoir ».
C’est
cette démarche de co-élaboration, que je partage depuis si longtemps,
que j’essaie de porter. Elle est à l’opposée de grandes messes autour
d’une élite « qui sait », comme des propositions, toutes ficelées,
déclamées de la tribune d’un Congrès. La généralisation d’une telle
démarche est d’autant plus indispensable qu’elle nous affranchit des
artifices de la séquence présidentielle et permet à chaque Française et
Français de reprendre son avenir en main.
Aussi,
ma volonté est d’être un artisan déterminé de cette construction
citoyenne du projet, pour permettre de desserrer l’étau du repli sur
soi et montrer qu’une société s’affranchissant des banquiers, de la
dictature de l’argent, est indispensable. Et qu’elle est possible !
Au cœur du débat de la gauche
Je
soutiens aussi que notre objectif n’est pas de créer je ne sais quelle
petite gauche, force d'appoint, disposant d’une vague capacité de
protestation ; notre ambition est au contraire d’être les artisans
d’une gauche forte, puissante, majoritaire parce qu’émancipatrice.
Le
premier défi du Front de gauche, et plus particulièrement du Parti
Communiste, est donc de construire une nouvelle dynamique,
indispensable pour faire gagner la gauche qui transformera la société.
Je voudrais sur ce point rappeler les propos que j’ai tenus le 29
novembre 2010, à la Fête de l’Huma de Bretagne :
«
Ne laissons pas croire qu’il y aurait à gauche, d’un côté un chevalier
blanc (le Front de gauche) porteur de toutes les vertus et de la pureté
révolutionnaire, et de l’autre un chevalier noir (le Parti Socialiste
et ses alliés) affublé de tous les maux et vendu au capitalisme. Ce qui
importe, c’est d’emmener toute la cavalerie dans la bonne direction.
Sinon, nous nous retrouverons au final avec un cheval de bois sur
lequel nous n’aurons eu aucune prise.
Et
je veux aussi dire à ma famille politique, à l’ensemble du Front de
gauche : ne nous résignons pas à jouer les spectateurs énervés, à
chaque fois que nous parlons, pensons que nous devons être acteurs pour
construire la force qui donnera au pays le gouvernement qu’il mérite.
Oui,
je le revendique, nos idées ont vocation à présider aux destinées du
gouvernement de la France ! Et pour cela, il n’est d’autre moyen que de
mettre concrètement le contenu du changement au cœur du débat de la
gauche. De toute la gauche ».
Le
Front de gauche doit être le passeur de colère et d’espoir pour la
transformation de la société. J’en suis convaincu : il peut bousculer
tous les pronostics, toutes les prophéties. Aussi, devons-nous envahir
le débat présidentiel avec notre ambition. Pour créer, rassembler,
porter une majorité d’idée. Et surtout pour rendre majoritaires les
exigences de transformation sociale. Moi qui suis du pays des volcans
endormis, je crois à l’éruption de l’impossible, je crois à l’éruption
d’un peuple qui s’engage à fond pour empêcher que notre pays subisse
les mêmes recettes que l’on impose au peuple grec, ou au peuple
irlandais.
Le bilan de 6 mois de labourage
A
l’occasion de ce Conseil National du 7 janvier 2011, suivi de
l’Assemblée des secrétaires ou animateurs de section du 8 janvier, je
souhaite faire un bilan de mes 6 mois de travail de terrain : 6 mois de
labourage où j’ai souvent eu l’impression de tirer un araire au regard
des moyens multiples mis à la disposition de l’élite politique et aux «
machines de guerre » dont certains disposent.
-
Ainsi, n’étant pas responsable d’une des formations structurant le
Front de Gauche, je n’ai pas été invité aux grands débats nationaux
organisés pour la construction du programme partagé… à l’exception de
celui de Bordeaux, le 27 janvier prochain, sur les questions
environnementales, en lien avec les idées que je développe dans mon
ouvrage « Pour une Terre commune ».
-
Je n’ai pu obtenir aucune participation à une émission politique
d’importance, qui m’aurait permis de développer mes idées : télévisions
et radios réservent les plateaux et « matinales », à forte écoute, aux
personnalités sélectionnées par leurs experts en politique, ou
promotionnés par un parti politique, voire choisies par le pouvoir
quand elles s’inscrivent dans la stratégie élyséenne. Le formatage
politico-médiatique, au casting pré-défini, n’admet aucun poil à
gratter d’un épiderme bien huilé, si ce n’est, comme le disait Pierre
Bourdieu pour se livrer « à des outrances verbales arrogantes ou
démagogiques, tout à l’opposé de la générosité enthousiaste d’un
message mobilisateur ». Aucun espace n’est laissé aux expressions hors
du champ constitué si ce n’est pour des émissions de divertissement, à
l’initiative d’animateurs qui ont le mérite d’oser la nouveauté,
permettant ainsi quelques développement d’idées.
-
La presse écrite, nationale comme régionale, a cependant manifesté un
intérêt réel pour ma démarche, malgré quelques parti-pris
journalistiques, avec pour certains la volonté de m’enfermer dans un
positionnement « anti-Mélenchon », et pour d’autres la certitude que je
n’étais qu’un candidat alibi.
-
Mon nom n’étant proposé par aucun parti, il n’a été avancé dans aucune
étude d’opinion, dans aucun sondage … confortant l’idée que Jean-Luc
Mélenchon est le seul candidat envisageable pour le Front de gauche !
Le Parti Communiste est ainsi d’ores et déjà effacé des prochaines
échéances présidentielles, de fait des législatives, et progressivement
de l’espace politique.
-
Au fil des semaines, j’ai pris conscience du risque que le choix de la
candidature du Front de gauche se fasse par défaut, avec un seul
candidat possible, alors qu’il est indispensable qu’elle soit choisie
en toute liberté, alliant à la démarche collective le respect de la
souveraineté des adhérents de chacune des organisations et de leurs
statuts. Faudrait-il exclure, a priori, qu’un communiste puisse
représenter efficacement notre rassemblement, alors que dans les 4
régions où les listes Front de gauche ont dépassé les 10 % aux
dernières élections régionales, elles avaient pour tête de liste un
communiste ? Cette frilosité est le reflet d’une conception du Parti
étroite, triste, mortifère alors qu’il est dans son essence même
rassembleur, ouvert, généreux, comme nous sommes si nombreux à
continuer à en faire la preuve, concrètement, au quotidien, sur nos
territoires respectifs. En aucun cas, il ne s’agit pourtant d’exiger
que le candidat soit forcément un membre du PCF ! Les diverses et
légitimes expressions pour un débat sur cette question, comme l’appel
de certains communistes « pour un rassemblement sans effacement du PCF
» ont déclenché les anathèmes de donneuses et donneurs de leçons
enfermés dans leurs certitudes, dont celle que notre Parti n’est plus à
même de porter la visée communiste.
-
Pour certains communistes traumatisés par les dernières échéances
présidentielles, cette élection ne se résume qu’à un mauvais moment à
passer, auquel il suffirait de tourner le dos pour que, mécaniquement,
tout aille mieux ensuite. Tétanisés par la forme de ce scrutin,
profondément contraire à nos valeurs et à notre vision d’une démocratie
active, ils oublient que toute élection est une opportunité dont il
faut se saisir, non seulement pour ne pas laisser le champ libre aux
démagogues et aux faiseurs de régression sociale et libéraux de tous
poils, mais aussi pour matérialiser une autre conception de la
politique et offrir de nouveaux choix de vie en commun.
-
Dans ce contexte, malgré de nombreux soutiens, ma candidature à la
représentation du Front de gauche a parfois été considérée comme une
initiative de division. N’étant pas présentée par le Parti, elle pu
créer des interrogations chez des communistes. Elle a eu aussi pour
effet d’accentuer l’acharnement de certaines et certains à
promotionner, de façon outrancière, « le candidat incarné » du Front de
gauche en la personne de Jean-Luc Melenchon. Elle a alimenté d’autre
part les interprétations de celles et ceux qui ne souhaitent pas un
candidat du Front de gauche et qui m’ont reproché d’être l’instrument
d’une opération de diversion.
Mon offre de candidature
A
la lumière de cette expérience, je suis convaincu qu’une candidature
individuelle n’a aucune chance d’aboutir dans le processus de
désignation d’un candidat commun du Front de gauche. Elle ne serait
qu’un leurre pour préparer, dans une confrontation inégale, la
désignation du candidat imposé, et dont elle ne serait de fait que le
faire-valoir.
Pour
que des candidatures crédibles puissent compter dans le choix final, je
suis persuadé qu’il est indispensable que des instances de notre Parti
s’en saisissent, en lien avec le contenu qu’elles souhaitent donner au
programme politique et que le candidat devra porter dans la dynamique
du Font de gauche .
C’est
pourquoi, si je confirme aujourd’hui mon offre de candidature, c’est en
la mettant entre les mains des communistes : en premier lieu à
l’occasion des débats de ce vendredi au Conseil National, et de ceux de
samedi, à l’Assemblée des secrétaires ou animateurs de section ; puis
dans les débats des différentes instances appelées à se prononcer avant
la Conférence nationale qui aura à soumettre une proposition aux
communistes. Plus largement, je la livre à la réflexion de l’ensemble
des organisations du Front de gauche comme une candidature de
rassemblement populaire, donc plurielle, sur les objectifs communs
qu’il nous faut préciser, avec la volonté de rendre majoritaires les
contenus de transformation sociale.
Ma
volonté est simplement de répondre utilement aux attentes du peuple de
France, en restant fidèle aux idées et à l’éthique qui sont les
miennes, et qui sont celles de tant de militantes et militants du PCF,
très majoritairement attachés à leur Parti et à la visée communiste.
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