
Il faut s’attaquer à la logique même du capital

20/06/2011
Par Élisabeth Gauthier, membre du Comité National du PCF, coéditrice de la revue TRANSFORM !
Les
propositions récentes de « démondialisation » montrent à quel point la
gravité de la situation dans le monde appelle des alternatives.
Certes, la crise de la finance, du commerce international, des monnaies
est spectaculaire, mais ces aspects doivent être saisis dans leurs
articulations avec la globalité de la logique du capitalisme
contemporain. La mondialisation des échanges sous ses formes actuelles
est elle même une expression de la crise du mode d'accumulation et de
reproduction du capital, d'un nouveau régime du capitalisme :
financiarisé et globalisé, il marque progressivement le monde et
l'ensemble des sociétés ; il y modifie la confrontation de classe.
Lors
des échanges des marchandises sur le marché, lorsque prend forme la
valeur d'échange, le travail humain comme facteur constitutif de cette
valeur reste masqué. On en voit les conséquences jusque dans les
travaux d'économistes critiques de la mondialisation qui étudient le
commerce, la finance, la monnaie, mais sans en établir le rapport au
mode de production. Ils ne saisissent bien souvent la mondialisation que
comme un vaste processus de dérégulation, de démontage des
protections. Or la mondialisation ne peut être réduite à cette
dimension. En réalité, les transformations du capitalisme à partir des
années 1970 constituent une réponse à la crise du capitalisme de type
fordiste -et son volet (néo)colonialiste - de l'après-guerre.
C'est dans un même
mouvement que s'organisent de grandes transformations - portée par la
grande offensive néolibérale - ayant pour objectif de relancer la
dynamique d'accumulation: démontage du statut du salariat; pilotage des
entreprises par les intérêts de la finance et baisse des
investissements productifs ; redistribution de la valeur ajoutée en
faveur du capital ; démantèlement des régulations locales, nationales
et internationales ; déconnexion entre finance et économie réelle ;
extension du capitalisme financiarisé et mondialisé à l'ensemble des
régions du monde ; marchandisation progressive de l'ensemble des
activités humaines ; inégalités croissantes dans les deux hémisphères ;
vaste dépossession (D.Harvey) des populations à travers le monde
(terres, maisons, secteur public, matières premières,…). Le tout
s'accompagnant de la mutation des Etats vers des formes de « market
state ». Le nouveau régime du capitalisme avec l'ensemble de ses
caractéristiques - dont la globalisation - finit par restreindre, du
local au global, les pouvoirs politiques basés sur la souveraineté
populaire. Cette logique globale et cohérente a fini par plonger le
monde - qui ne peut rester en l'état - dans une crise de civilisation
(1). Le capitalisme est lui-même gravement endommagé, les réponses des
dominants ne font qu'aggraver la crise.
Comment nommer le projet
alternatif ? « Démondialisation » ? Ne doit-on pas plutôt travailler à
changer le monde, à travers des logiques alternatives de nature à
dépasser le capitalisme ? S'il s'agit de contester l'ensemble
des logiques du capitalisme financiarisé et mondialisé, nous ne pouvons
nous en tenir à des protections limitées, concernant essentiellement
le champ des échanges internationaux. Un nouveau mode développement
social, écologique, démocratique est à inventer partout dans le monde,
ce qui suppose de mener partout une confrontation multidimensionnelle
avec la logique du capital devenu globale. Les sphères de la finance,
des monnaies, des échanges commerciaux constituent des champs
essentiels de cette confrontation. Mais le projet alternatif doit viser
simultanément des changements radicaux en ce qui concerne le travail,
la répartition des richesses, des pouvoirs, une nouvelle démocratie
politique et économique à toutes les échelles. Les protections contre
la liberté du capital de circuler sont décisives, pour autant qu'on les
articule à des protections contre l'exploitation. Les marchés
financiers doivent être pris en tenaille, d'un côté à travers un
ensemble de mesures de régulation contraignantes et de l'autre par le
dépassement du rapport actuel entre capital et travail. Poser ainsi
l'ensemble des enjeux dans leur cohérence devrait permettre de
dépasser une certaine 'division du travail' dans les luttes
(altermondialistes, syndicales, politiques..). Face à la crise de
civilisation, rassembler toutes les forces - du local au global -
pouvant porter un « intérêt général » face aux logiques destructrices du
capitalisme constitue un défi de première importance.
(1) Une crise de civilisation ? Colloque
Espaces Marx janvier 2011. Hors série de la revue Transform !.
220p. Paris 2011. Voir www.Espaces-Marx.org
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