
29/10/2010
Communiqué du Parti communiste d'Espagne (PCE)
Le PCE regrette
profondément la mort d'un de ses meilleurs communistes,
Marcelino Camacho, référence de la lutte pour la
liberté, l'égalité et les droits de tous les
travailleurs de ce pays, le dirigeant syndical le plus important du
XXème siècle, le premier
secrétaire-général des Commissions
Ouvrières (CC.OO), le député communiste,
élu lors de la première législature
démocratique de ce pays, qui a finalement renoncé
à son siège pour éviter les interférences
entre ses responsabilités avec le syndicat et son militantisme.
Ces dernières années, retiré de la
vie politique et sociale à cause de sa maladie, Marcelino n'a
jamais cessé de lutter pour son parti, le PCE, auquel il a
adhéré en 1935 et pour lequel il a passé tant
d'années en prison, à tel point que quand il a
acheté un appartement, sa femme Joséphine, pragmatique, a
décidé que le mieux était de le prendre à
Carabanchel, près de la prison où Marcelino a
passé tant d'années, et où Josefina avait tous ses
repères.
Marcelino Camacho est né le 21 janvier 1918 à Osma la
Rosa, dans la province de Soria. Il a grandi dans le village Aragonais
de Ariza, où son père était cheminot. Sa
mère est morte quand il avait 9 ans. Il avait trois sœurs
et deux sont mortes jeunes, une d'elles quand il était en
prison, son père aussi est mort quand il était à
Carabanchel. Ses deux fils se sont mariés et ses petits-enfants
sont nés quand il se trouvait dans les prisons franquistes.
Militant du Parti communiste dès 1935, combattant républicain, interné dans les camps franquistes
En 1935, il adhère au Parti communiste d'Espagne
(PCE), un engagement qui l'a emmené à combattre dans le
camp républicain. Il a été arrêté
après le coup d'Etat qui a mené à la guerre civile
et condamné à une peine 12 ans et un jour commuée
en 6 ans ferme pour « participation à la rébellion
». Transféré alors au camps de concentration de
Reus (Tarragone), il est par la suite interné dans
différents camps de travaux forcés. Il tombe malade et
passe 42 jours entre la vie et la mort. Il se remet de sa fièvre
et retourne à nouveau dans un camp de travail, cette fois
à Salamanque. Il est opéré d'une hernie inguinale
et attrape alors la Fièvre de Malte. Placé en bataillon
disciplinaire, il est transféré à Tanger où
il ne se remet toujours pas.
En décembre 1943, il s'échappe du camp de travail et
passe au Maroc français. Les français l'arrêtent et
le transfèrent à Oran. Là-bas, il fait
connaissance de Josefa Samper, Josefina, une jeune militante
communiste, qui consacrait une bonne partie de son activité
militante à venir en secours des espagnols en fuite et à
aider la résistance intérieure. Le 22 décembre
1948, Marcelino et Josefa se marient. Le 18 juillet 1957, avec deux
enfants, ils reviennent en Espagne. Vingt-et-un ans après
l'insurrection fasciste, Marcelino revient au pays, prêt à
continuer la lutte.
Le retour en Espagne sous la dictature: lutte syndicale et politique, procès politique et huit ans de prison
Marcelino Camacho travaille comme ouvrier
métallurgique dans l'entreprisePerkins Hispania et se
présente au Comité d'entreprise dans le syndicat vertical
[syndicats corporatistes seuls autorisés par le régime].
Il s'agissait de profiter de toute possibilité d'organiser la
lutte contre le régime et d'améliorer les conditions de
vie des travailleurs. En 1964, il organise la Commission
ouvrière de la Métallurgie de Madrid, sous le nom de
Commission provinciale des délégués et
représentants syndicaux. C'est la première Commission
Ouvrière de nature permanente, l'origine de ce que nous
connaissons aujourd'hui comme la Confédération syndicale
des Commissions ouvrières.
Entre 1965 et 1967, il passe plus d'une douzaine de fois dans les
bureaux de la Brigade politico-sociale, police chargée de la
répression politique. Ils l'arrêtent en juin 1966 au
moment où il remet au Ministère du Travail les
revendications des travailleurs, avec une lettre signée par 30
000 ouvriers. Et ils l'arrêtent une nouvelle fois en janvier 1967.
Le 1er mars 1967, il est arrêté en compagnie d'autres
camarades dirigeants des CC.OO et du PCE et le Tribunal d'Ordre Public
l'emprisonne « tant que durera l'état actuel latent de
troubles dans les relations de travail ». Ils sont
condamnés à vingt ans et incarcérés tout de
même pendant neuf ans par la dictature. Le procès
dirigé contre lui et ses camarades syndicalistes (Procès
1 001) a été un symbole mondiale de la lutte pour les
libertés; il retrouvait la liberté avec l'amnistie
accordé à la mort de Franco.
La fondation des Commissions ouvrières et son élection comme député communiste
En 1976, quand le mouvement des Commissions
Ouvrières s'unifie en une confédération syndicale
et tient son premier Congrès, Marcelino Camacho est élu
premier secrétaire général. A la tête des
Commissions ouvrières, il fait de l'organisation la force
syndicale majoritaire.
Les premières élections démocratiques de la
Transition (1977) lui accordent un siège de député
sur la liste du Parti communiste d'Espagne, auquel il renonce deux ans
plus tard pour éviter tout conflit entre la discipline de vote
du parti et sa fidélité aux intérêts des
travailleurs.
En tant que secrétaire-général des Commissions
ouvrières il convoque, seul, la première grève
générale contre le gouvernement de Felipe Gonzalez, en
1985. Il a également marqué de sa présence les
mobilisations contre l'OTAN en 1986 et les mobilisations estudiantines
des années 1986-1987.
Sa dernière lutte contre la dérive réformiste des Commissions ouvrières
En 1987, il démissionne de son poste pour raisons de
santé et devient alors président du syndicat; lui
succède comme secrétaire-général le jeune
Antonio Gutierrez, auquel il s'affrontera quelques années plus
tard suite au changement de stratégie du syndicat, avec son
éloignement du caractère socio-politique, revendicatif
qui avait marqué l'histoire des Commissions ouvrières,
une cohérence qu'a conservé Camacho et qui lui
coûtera son poste de président du syndicat en 1995.
En 1990, Marcelino Camacho a publié ses mémoires, «
J'avoue que j'ai lutté », préfacés par
Manuel Vazquez Montalban. Le dirigeant syndical le plus important du
XXème siècle en Espagne portait sur sa veste la
médaille du Mérite Civil, du Mérite du Travail, de
l'Ordre de Lazaro Peña, celle du Conseil d'Etat de Cuba, le Prix
León Felipe. Il était doctor honoris causa de
l'Université de Valence et de l'Université de
Cádiz. Il avait aussi obtenu aussi les prix de la
Cohérence, des libertés, etc.
Militant de la cellule de Carabanchel (Madrid), il était
jusqu'en 2005 membre du Comité fédéral du PCE,
devenant, dès lors, membre honorifique de l'organe suprême
de direction du Parti communiste d'Espagne.
Hommages au « dirigeant syndical le plus important du XXème
siècle » en Espagne
Le 26 novembre 2007, représentants des partis
politiques et des syndicats ont rendu hommage au fondateur des
Commissions Ouvrières sous le titre de « Marcelino:
histoire d'un engagement ». Marcelino Camacho et, par extension,
son inséparable camarade de parcours et de lutte, Josefina, ont
reçu pendant plus de deux heures les preuves d'admiration et de
gratitude d'un public qui les a reçu debout sous une tonnerre
d'applaudissements. Ce sont les Commissions Ouvrières qui ont
organisé l'événement public pour le 90ème
anniversaire de leur dirigeant historique.
En décembre 2007, la mairie de Malaga a accepté à
l'unanimité de renommer une rue du nom du dirigeant des
Commissions Ouvrières en hommage et en reconnaissance « de
toute une vie de lutte pour la liberté, pour la justice sociale
et pour les droits des travailleurs. »
Le 28 mars 2008, un autre hommage lui est rendu à l'Auditorium
des Commissions Ouvrières de Madrid, rebaptisé depuis de
son nom, avec une énorme affluence ce jour-ci.
Au cours de ces années écoulées depuis 1987,
Marcelino n'a cessé de participer à une infinité
d'événements et de conférences dans tout
l'État jusqu'à ce que son état de santé lui
en empêche fin 2008.
Marcelino Camacho, le dirigeant
syndical le plus important du XXème siècle en Espagne,
sera toujours une référence fondamentale du mouvement
ouvrier, du Parti communiste d'Espagne. Marcelino est une des
personnalités de l'histoire d'Espagne qui a le plus lutté
pour le mouvement ouvrier et la démocratie.
Il a consacré sa vie à la lutte pour ses
idéaux et a donné sa vie pour les libertés de ce
pays et pour la défense des intérêts des
travailleurs.
Adieu Marcelino, à toi camarade Camacho!