
Libye : à Paris, on se partage le pétrole
01/09/2011
Cet après-midi, les puissances occidentales se réunissent
à Paris, officiellement pour "préparer la feuille de route" de l’après
Kadhafi. Chacun va surtout tâcher de défendre sa part de pétrole.
Ils se sont nommés : "groupe de contact sur la Libye". Ce sont plus
ou moins toutes les puissances de l’Ouest qui se sont ralliées au CNT.
Les principaux acteurs seront l’Italie, qui viendra défendre les
intérêts de son pétrolier ENI, qui a peur de perdre des parts de marché
sur l’or noir libyen au profit du britannique BP et de Total. Ces deux
groupes étaient quasi-absents de ce pays, la plus grande réserve de
pétrole d’Afrique. Derrière la constance de l’enthousiasme belliqueux
qu’ont montrée l’Angleterre et la France ces derniers mois, des accords
se signaient.
Ainsi, selon Libération, 35 % du pétrole libyen a été
promis à Total. Qui n’en exploitait que 2 à 3 % sous Kadhafi. Et on ne
sait pas ce qu’a obtenu BP. D’où la crainte d’ENI, qui a déjà renvoyé
des équipes en Libye. Ce qui explique également la présence à Paris
d’Hilary Clinton, inquiète de la pérennité des accords passés entre
Kadhafi et des pétroliers américains il y a moins d’un an.
Les
grands perdants seront à coup sûr la Chine et la Russie, qui devraient
perdre leur part du gâteau. La Russie s’est empressée ce matin de
reconnaître le CNT comme pouvoir officiel, pour tenter de limiter
diplomatiquement les dégâts.
Ce qui est étonnant dans ce conflit, c’est à quel point les
tractations des occidentaux pour le pétrole libyen se font de manière
décomplexée. Interrogé sur la question ce jeudi matin sur RTL, le chef
de la diplomatie française, Alain Juppé, trouve même cela « assez
logique et assez juste ». Mieux, de nombreux médias s’évertuent à
expliquer que la reprise des activités pétrolières, par les grands
groupes occidentaux, était la priorité avant tout pour le bien les
Libyens. Et forcément, pas un mot d’un éventuel service public de
l’énergie.
Voilà donc à quoi sont occupés ces autoproclamés "amis de
la Libye". Pendant ce temps, le Programme Alimentaire Mondial (PAM)
tente de les alerter sur la catastrophe humanitaire qui s’annonce à
Tripoli, détruite par des moins de bombardement et de guerre, dont les
stocks sont épuisés et qui doit en plus faire face à un afflux de
réfugiers. L’ONG a envoyé en urgence 600 tonnes de nourriture et 500 000
litres d’eau potable.
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