
"Un pas historique pour la Palestine"
28/04/2011
Par Patrick Le Hyaric*
Une très bonne nouvelle nous parvient du Caire. Les
responsables palestiniens du Fatah et du Hamas ont décidé de s’entendre
et de former ensemble un gouvernement provisoire, chargé de gérer la
Palestine et d’organiser les élections législatives et présidentielles,
prévues à l’automne prochain. Comme dans d’autres pays arabes, la
jeunesse a été à la pointe de la demande d’unité particulièrement à
Gaza.
Si cela se concrétise, un pas décisif, un pas historique
supplémentaire serait accompli dans le formidable tourbillon
émancipateur qu’est en train de vivre cette région. « Enfin » !
Dirons-nous avec des millions d’individus de par le monde qui
l’attendait depuis longtemps. Cela aurait de multiples conséquences.
Cela ouvrirait la voie à un nouveau
débat démocratique à l’intérieur de
la société palestinienne,
débouchant sur l’élection des députés au Conseil législatif palestinien
et du Président de l’autorité palestinienne qui pourrait devenir le
premier Président de Palestine, d’un Etat palestinien indépendant,
démocratique, pacifique.
En effet l’unité palestinienne permettrait sa reconnaissance par l’Organisation des Nations-Unies de l’Etat palestinien.
La France doit désormais le faire sans attendre. L’Union européenne
aussi. Je l’ai demandé en séance publique du Parlement européen à Mme
Asthon, la haute représentante de l’Union européenne, le 9 mars dernier.
Avec force des intellectuels israéliens,
parmi les plus prestigieux, l’ont réclamé dans un
vibrant appel il y a quelques jours.
En dénonçant ce projet
d’accord, la direction israélienne montre
qu’elle veut que rien ne change dans cette région du
monde.
Elle s’en trouvera encore davantage isolée sur ses positions
injustifiables. Contrairement à ce qu’elle prétend, on peut
raisonnablement penser que sous la pression populaire, ce n’est pas
l’intégrisme qui est en train de gagner.
En vérité, le gouvernement de l’ultra-droite israélienne sait que la
reconnaissance de l’Etat palestinien par l’ONU changerait beaucoup de
choses. L’occupation des territoires palestiniens, devenu pays
souverain, ferait automatiquement encourir à Israël des sanctions
internationales effectives. Les demandes, maintes fois répétées
en vain, sur l’application des multiples résolutions de l’ONU,
changeraient de nature. Il en serait aussi fini des tentatives de
marchandage pour s’accaparer des territoires. Fini de l’implantation de
colonies en échange de promesses de paix jamais tenues. Rien ne serait
plus comme avant. Des crimes de guerre perpétrés à Gaza au blocus, de la
colonisation à l’élévation du mur jusqu’à l’emprisonnement de citoyens
et d’élus palestiniens, tout cela deviendrait intolérable pour une
majorité de la population mondiale et indéfendable à Washington comme à
Bruxelles.
D’autre part, un rapport des Nations-Unies considère que,
désormais, les conditions économiques d’un Etat viable en Palestine sont
réunies.
Enfin, les mouvements d’émancipation démocratique en cours dans les
pays du Maghreb et du Machrek pousseront peut-être les chancelleries
nord-américaine et européenne à rechercher enfin la solution pour la
coexistence de deux Etats, vivant en paix et dans la sécurité, dans les
frontières de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale de la Palestine.
Cette évolution est partie intégrante du « Printemps arabe ». Elle est aussi peut-être l’une des conditions de sa réussite.
Les élections en Palestine doivent pouvoir se tenir avec tous les
représentants du peuple, à commencer par tous les parlementaires
aujourd’hui incarcérés, à commencer par Marwan Barghouti.
De sa prison, celui-ci avait fait signer le premier appel à la
réunification palestinienne à tous ses camarades, de toutes les
tendances de l’OLP.
Nous aussi citoyennes, citoyens, attachés à la paix, à la démocratie,
nous pouvons agir pour aider l’histoire à faire ce pas décisif, ce pas
historique de la création d’un Etat palestinien, démocratique, composé
de tout son peuple, c’est-à-dire avec le retour des réfugiés, si
longtemps espéré.
Patrick Le Hyaric est membre de la délégation du Parlement
européen, chargée des relations avec le Conseil législatif palestinien
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