
Pouvoir d'achat: la prime aux gesticulations

18/04/2011
Refaire le coup du "travailler plus pour gagner plus" de
2007, cette fois avec la prime aux salariés. Le gouvernement tente de
reprendre la main sur la question du pouvoir d'achat des Français.
Mais difficile pour lui de paraître crédible, tant il laisse filer les
prix d'un côté pour resserrer les boulons de la modération salariale de
l'autre
- Prime contre dividendes: Lagarde dégonfle la baudruche
"La priorité du gouvernement, c'est améliorer le pouvoir d'achat des
Français", avait affirmé le ministre du Budget, François Baroin, après
avoir annoncé il y a huit jours qu'il voulait pousser les entreprises
distribuant des dividendes à leurs actionnaires, à verser une prime de
1000 euros aux salariés. Mais ce lundi matin, sa ministre de tutelle
Christine Lagarde s'est employée à dégonfler l'annonce. (à lire: Partage des profits: la prime d'abord pour les actionnaires)
D'une part, le montant a changé: il est dorénavant à discuter entre
chefs d'entreprise et représentants des salariés. D'autre part et pour
calmer les inquiétudes du Medef, le versement hypothétique d'une telle
prime donnerait lieu à une exonération de charges, selon la ministre de
l'Economie sur LCI. Cette prime serait instaurée par le projet de loi de
finances rectificative de juin "pour que se soit applicable dans les
meilleurs délais", a poursuivi Christine Lagarde.
- Le Medef sur le dos du gouvernement
Avant même ces rectificatifs de Christine Lagarde, la redistribution
annoncée avait du plomb dans l'aile, tant le Medef a tiré à boulet rouge
dessus ce week-end. "Pourquoi uniquement les salariés? Pourquoi pas les
fonctionnaires? Pourquoi pas les professions libérales? Pourquoi pas
tous ceux qui ne travaillent pas dans les entreprises ?", s'est demandé
la patronne des patrons Laurence Parisot sur France Inter ce lundi
matin. (à lire: L'investissement rongé par les dividendes)
Celle-ci a crié misère pour les "entreprises françaises (qui) ont des
marges qui s'effondrent, des taux de profit en moyenne de dix points
inférieurs aux entreprises allemandes. " Et "qui s'occupe des TPE et des
PME ? C'est ça le cœur du problème et je suis étonnée de voir que
personne ne se soucie de ce que ce que tout ceci veut dire pour les
petites et moyennes entreprises."

- Pas le compte, pour les syndicats
Pour le numéro un de la CFDT François Chérèque, "vous avez un effet
d'annonce où on donne le sentiment qu'on règle le problème du pouvoir
d'achat" mais "il y aura beaucoup de déçus inévitablement, ça va
retomber sur le gouvernement", a-t-il prédit ce lundi matin sur France
Info.
La semaine dernière, Bernard Thibault,
secrétaire général de la CGT, avait déjà dénoncé une forme de
"compensation dans la communication politique" en référence à la réforme
de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). "Le "travailler plus
pour gagner plus" se fait laminer par les faits depuis des années et je
considère qu'on entre dans la période où les enchères montent pour
obtenir des voix aux prochaines élections. M. Baroin semble fixer le
prix du bulletin de vote à 1.000 euros", avait-il ajouté.
Pour le syndicaliste, 75% des Français sont mécontents de la
politique économique et sociale de Nicolas Sarkozy. "Le chef de l'Etat,
qui décide de tout dans le moindre détail, est depuis le début bien plus
à l'écoute du patronat que des salariés. J'avais dit que le conflit des
retraites aurait des conséquences profondes et durables pour lui. Les
élections cantonales en sont la première preuve. Sans doute pas la
dernière."
- Pas d'augmentation pour les fonctionnaires

En même temps qu'il planche sur sa prime, le ministère des Finances
fait déjà filtrer, via Les Echos de ce matin, la poursuite du gel des
salaires dans la fonction publique en 2012.
En pleine surenchère d'austérité
vis-à-vis de ses partenaires européens, le gouvernement Fillon ne peut
se permettre le coût budgétaire d'une hausse du point d'indice, évalué à
900 millions d'euros par an par point en plus pour les trois fonctions
publiques (Etat, territoriale et hospitalière), qui totalisent 5,2
millions d'agents.
Pour arrondir les angles, indique le quotidien, Bercy lance un nouvel
enfumage: la perspective d'un nouveau "point d'étape" en fin d'année,
avec l'éventualité d'un "geste futur", si la croissance a bondi, "ou si,
à l'approche de l'élection présidentielle, l'urgence politique fait
bouger les lignes". Avec autant de si…
- Le pouvoir d'achat s'érode
Ces pas de danse du pouvoir interviennent alors que l'Institut
national de la statistique (Insee) a révélé que les prix avaient
augmenté de 0,8% en un mois, après +0,5% en février. Cette augmentation
est sensible à la pompe où le prix de l'essence atteint des niveaux
records, mais aussi dans le panier de la ménagère du fait de l'envolée
des prix des matières premières agricoles. (A lire: les mesurettes du gouvernement sur le prix des carburants)
"Ces multiples hausses, dont les niveaux sont bien supérieurs à ceux
de l'inflation, touchent les consommateurs dans leurs dépenses
quotidiennes les plus essentielles : la voiture, le chauffage,
l'électricité et le gaz, l'alimentation. Ce sont évidemment les ménages
modestes et les classes moyennes, qui les ressentent le plus vivement", a
déploré vendredi l'organisation de consommateurs CLCV, qui demande des
"négociations". (à lire: le tarif réglementé du gaz aurait dû baisser cette année)

- Les salaires toujours en panne
Dans ce contexte, la modération salariale passe mal au sein des
entreprises où des conflits apparaissent, alors que selon le cabinet de
conseil en ressources humaines Aon Hewitt, les hausses de salaires
devraient se limiter à 2,6% en 2011, contre une moyenne de 3,3 à 3,5%
durant les trente dernières années.
D'où la multiplication de conflits salariaux dans les entreprises, comme chez Carrefour, dans l'usine d'Onnaing (Nord) de Toyota, ou celle de Ferrero à Villers-Escalles, près de Rouen.
- Pas de coup de pouce pour le SMIC
Dans l'immédiat, par un effet mécanique de la loi, l'augmentation de
l'inflation pourrait entraîner automatiquement une revalorisation de 2%
du Smic en juin ou en juillet. Il ne faut pas là non plus attendre de
coup de pouce de la part d'un gouvernement engagé dans la modération
salariale, cet euphémisme.

Sarkozy a un programme, l'éditorial de Patric Le Hyaric
Cela ne se sait pas. Mais M. Sarkozy et l’UMP ont déjà un programme
pour les prochaines élections législatives et présidentielles. Son nom
de code : « PNR 2011-2013 » (Programme national de réforme 2011- 2013).
C’est ce document, toujours secret, que le gouvernement et l’Élysée
sont en train de rédiger pour le déposer sur l’autel sacrificiel de la
Commission de Bruxelles. Lire la suite...
Austérité: Sarkozy élève modèle
Nicolas Sarkozy et son gouvernement préparent la fiche
d’autoévaluation qu’ils rendront à Bruxelles en mai ou juin. Ce
document, qui vérifie l’adéquation entre les politiques publiques
françaises et les lignes directrices de la « stratégie de croissance
Europe 2020 », est en cours d’élaboration. Le « programme national de
réforme 2011-2013 » (PNR), puisque c’est ainsi que s’appelle ce texte,
sera présenté lors d’un Conseil des ministres de l’Économie et des
Finances de l’Union européenne (UE). Lire la suite...
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