
Des profits 2010 qui approchent le record de 2007
11/03/2010
Les
bénéfices réalisés l’an dernier par les 40 plus grands groupes cotés à
la Bourse de Paris dépassent les 80 milliards d’euros. Un redressement
soutenu par l’argent public mais réalisé contre l’emploi, les salaires
et la compétitivité du pays.
En ce début de mars, le
contraste est particulièrement saisissant entre la situation de la
France et des Français et celle des principaux groupes capitalistes du
pays, sociétés industrielles, de services et intervenants financiers.
Le chômage se maintient à un haut niveau, les prix à la consommation
amputent le pouvoir d’achat des familles, la croissance se traîne, le
déficit extérieur se creuse et pourtant les profits 2010 des « cakes »
du CAC dépassent les 80 milliards d’euros, en hausse de 85 % par
rapport à 2009. Voilà qui annonce d’ailleurs un coquet versement de
dividendes aux actionnaires en 2011.
Hier, le groupe EADS a été le dernier membre de la confrérie du CAC
à annoncer ses résultats : ils décollent, passant de – 763 à
+ 526 millions d’euros. Mais le constructeur aéronautique
franco-allemand joue petit bras en matière de profits comparé à la
plupart de ses collègues. La star 2010 reste le géant de l’or noir, Total.
La compagnie pétrolière a connu en 2009 un léger accès de
« faiblesse », affichant un bénéfice en baisse, mais le résultat 2010
est reparti à la hausse (+ 25 %), même si le record de 2007
(13 milliards de profits) n’a pas été atteint. Ils sont pourtant une
quinzaine de groupes à dépasser leurs résultats de cette année miracle.
Comment expliquer ce redressement, alors que la croissance n’a été
que de 1,7 % en 2010 dans la zone euro et de 1,8 % au sein de l’Union
européenne à 27 ? Nombre de groupes sont allés chercher de la marge aux
États-Unis et, surtout, dans les pays émergents. C’est ainsi que la
Chine est devenue la deuxième source de bénéfice de Pernod Ricard, les
émergents sont devenus le plus important contributeur au chiffre
d’affaires par région du groupe pharmaceutique Sanofi-Aventis.
L’activité de Schneider Electric en Asie-Pacifique a augmenté de 45 %,
représentant désormais le quart du chiffre d’affaires. Mais il n’y a
pas que cela. Total a pour sa part « surfé » sur la vague montante des
cours du pétrole, qui ont progressé de 40 % entre janvier et
décembre 2010. GDF Suez a gonflé son résultat grâce, particulièrement,
à la hausse du gaz (+ 20 % sur un an et + 60 % depuis la privatisation).
Merci aux aides publiques et aux exonérations
Ce dernier point permet de souligner l’une des raisons décisives de
ce redressement des profits : l’appui renforcé de l’État, de Nicolas
Sarkozy et de son équipe. Aides publiques aux banques,
plan de relance, suppression de la taxe professionnelle, facilités
fiscales, exonérations de cotisations, financement public du chômage
partiel, emplois aidés, réforme du droit de licenciement, hausse
minimale du smic… La liste des mesures de soutien au capital pour
relever sa rentabilité éprouvée par la crise est impressionnante. Tous
les moyens publics ont été mobilisés, y compris au niveau européen, la
BCE offrant des conditions exceptionnelles de refinancement aux
banques, rachetant leurs titres pourris et leurs obligations d’État à
risque, les grecques, irlandaises, portugaises.
Mais cette compétitivité retrouvée des grands groupes est acquise
contre la compétitivité du pays. L’exemple le plus frappant est celui
des groupes automobiles Renault et Peugeot Citroën. Tous deux affichent
des résultats en vert. Ils ont pour cela bénéficié de 3 milliards
d’euros de prêts de l’État chacun, la prime à la casse et le bonus
écologique ont tiré leurs ventes en France et en Europe. Mais ils ont
profité de ces aides publiques pour augmenter leurs importations à
partir de leurs sites en Espagne, dans les Balkans, en Europe centrale.
Les importations françaises de véhicules automobiles ont augmenté de
9,8 %, celles d’équipements automobiles de 17,1 % en 2010. Renault
importe plus de voitures en France que l’allemand Volkswagen !
Les grandes sociétés françaises sont les championnes du monde de la
délocalisation des capitaux, préalable à celle des emplois. Elles se
sont développées à l’international contre leur base nationale. Cette
« extraversion » du grand capital français n’a pu se faire sans le
concours des banques, qui l’ont accompagnée, y trouvant elles-mêmes
leur intérêt. L’emploi est évidemment la première victime de cette
orientation. Nous l’avions révélé en novembre 2010, les effectifs des groupes du CAC ont baissé de 60 000 emplois en 2009.
La lutte des salariés français, de leurs organisations syndicales,
pour l’emploi et les salaires heurte évidemment de plein fouet cette
stratégie des groupes et du pouvoir. Elle appelle à la fois un autre partage des profits
et un changement radical de la manière de les réaliser. La gauche a, à
ce niveau, du grain à moudre pour faire des propositions alternatives
en France et en Europe et pour mobiliser.
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