
Projet populaire contre populisme
01/02/2011
Ce
week-end, à Grenoble, lors des états généraux du renouveau, Pierre
Laurent (PCF) a défendu la réponse de gauche aux urgences populaires
comme un rempart au populisme de droite. Grenoble (Isère), envoyé
spécial.
«Avec la crise, la gauche peut-elle éviter le
populisme ? » Si la formulation même du débat des « états généraux du
renouveau », organisés ce week-end à Grenoble par Libération et
Marianne, porte déjà un jugement, faisons-lui un sort. Y a-t-il un
populisme de gauche ? Oui ! tranche le politologue Dominique Reynié.
Avec pour seule différence d’avec le populisme de droite, la barrière
non encore franchie de la xénophobie. S’appuyant sur des exemples
européens, et deux Français : Georges Frêche et Jean-Luc Mélenchon.
Opposer le peuple aux élites, dit-il à propos de ce dernier, « c’est
faire comme s’il n’y avait pas de classes, ni de générations à
l’intérieur du peuple. C’est un simplisme ». Frêche ? Nous nous en
sommes désolidarisés, rappelle Pierre Laurent, secrétaire national du
PCF.
la colère populaire contre le système est justifiée .
Quant à Mélenchon, « on a voulu enfermer Jean-Luc dans un piège si,
à chaque fois qu’on élève la colère populaire, on est populiste »… Être
traité de populiste, « ça sert à disqualifier toute interpellation du
gouvernement. Or, la colère populaire contre le système est mille fois
justifiée devant l’explosion des inégalités », poursuit-il.
Pour Martin Hirsch, ancien haut-commissaire aux Solidarités actives
du gouvernement Fillon, « vouloir en finir avec les conflits d’intérêts
ou vouloir indexer les hautes rémunérations sur le taux de pauvreté »
est perçu comme populiste. Tout comme clamer la réquisition de
logements ! lance-t-il, si c’est s’en tenir à la dénonciation. Mais
« si, dans son livre, Qu’ils s’en aillent tous, les positions de
Jean-Luc Mélenchon sont cohérentes avec ses votes de ces dernières
années sur l’éducation ou la pauvreté, alors non, il n’est pas
populiste », conclut le directeur de l’Agence du service civique.
Il faut retrouver le sens de l’affrontement
La gauche est-elle, en somme, « condamnée » à recourir au populisme
pour l’emporter sur une droite engagée dans une course à l’échalote
avec le FN ?
Non, répond Pierre Laurent, « si elle sait répondre aux urgences
populaires dans le pays. C’est aussi simple que ça ». Or, poursuit-il,
« la social-démocratie ne sait plus où se situer dans ce débat. La
gauche se construira sur des remises en question plus profondes du
système actuel. Il faut retrouver le sens de l’affrontement, dire
comment reprendre le contrôle des politiques bancaires et financières,
contrôler l’utilisation des richesses produites par les entreprises ».
Dominique Reynié met toutefois en garde : « Le populisme est en
train de siphonner tous les partis de gouvernement, on vit de ce point
de vue une situation inédite en Europe. »
En France, il y a une porosité UMP-FN, et la possibilité que cela se
fasse au profit du FN. « Il faut donc, dans les partis, des réponses
consistantes du côté de la doctrine. Le scénario de 2012, celui d’une
gauche impuissante et d’une Marine Le Pen à 18 % des suffrages, n’est
pas écrit d’avance », oppose Pierre Laurent. Avant d’adresser un clin
d’œil : « S’il y a une phrase juste dans l’Internationale, c’est bien,
il n’est pas de sauveurs suprêmes. »
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