Recherchée en Espagne,indésirable en France

24/12/2010

Aurore Martin, une Française militante de l’organisation indépendantiste basque Batasuna, fait l’objet d’une demande d’extradition de la part de Madrid. Depuis que la France a accédé à cette demande, elle se cache.

«Je m’adresse à vous (…) pour vous exprimer toute mon indignation, mon inquiétude, ma peur mais aussi toute ma détermination et ma volonté de me battre (…). L’inacceptable est-il acceptable ? Bien sûr que non. Je n’ai pas l’intention de me soumettre aux autorités espagnoles, ni de faciliter à la France l’exécution de mon mandat d’arrêt européen. » Dans une lettre en date du 20 décembre, rendue publique par le Journal du Pays basque, Aurore Martin a décidé qu’elle ne se plierait pas au « contrôle judiciaire ». Autrement dit qu’elle entrait en clandestinité après que la Cour de cassation a rejeté son pourvoi le 16 décembre. Cette habitante de Saint-Michel (Pyrénées-Atlantiques), citoyenne française de trente et un ans, est une militante connue de l’organisation indépendantiste basque Batasuna. Mouvance politique, présentée comme le prolongement politique de la nébuleuse séparatiste ETA, interdite depuis 2002 en Espagne, mais parfaitement légale en France.

La justice espagnole, en vertu des législations d’exception, a émis un mandat d’arrêt européen au motif qu’Aurore Martin a participé à des réunions publiques organisées par Batasuna, avec prises de parole, et signé de sa main plusieurs écrits politiques indépendantistes. Les juges espagnols lui reprochent singulièrement d’avoir participé à une conférence de presse à Pampelune (Navarre) ainsi qu’à une réunion publique dans la province d’Alava. Autant de délits, aux yeux de Madrid, qui tombent sous le coup de la loi : appartenance à une organisation terroriste. Ce qui n’est pas le cas de la branche française de Batasuna.

 Polémique autour du cas d’Aurore Martin

La désormais possible extradition d’Aurore Martin a entraîné une polémique qui dépasse les seuls cercles indépendantistes (voir ci-contre) et ce au moment où ETA est sur le point d’annoncer un cessez-le-feu. « Aurore Martin n’est pas une terroriste, elle n’est pas dans la logique des actions armées d’ETA ! » s’est offusqué François Maitia, conseiller général socialiste de Saint-Jean-Pied-de-Port. L’élu a rappelé que « les faits retenus contre elle se sont produits durant la trêve de l’ETA, période d’espoir ». Même le maire de droite de Biarritz, Didier Borotra, que l’on ne peut suspecter d’avoir des affinités avec les séparatistes, a rappelé que « la France n’a pas à extrader une de ses concitoyennes pour un motif compréhensible en Espagne, mais qui n’est pas répréhensible en France ». Lundi soir, le conseil régional d’Aquitaine a adopté « à une très large majorité » une motion enjoignant le gouvernement de « ne pas procéder à l’exécution de l’extradition » de la militante. Sur le fond, l’affaire Aurore Martin renvoie à deux problématiques. D’abord, elle relance le débat sur les conséquences du mandat d’arrêt européen, et les modifications de la Constitution française : la remise en cause du principe du refus d’extradition pour des motifs politiques qui était garanti par les lois de la République. De l’autre côté des Pyrénées, les actes censés combattre, à juste titre, le terrorisme d’ETA se sont traduits par le renforcement de législations liberticides. Qui plus est inefficaces en matière d’éradication de la violence. L’autre problème soulevé est la pérennisation du conflit au Pays basque espagnol, auquel aucune réponse politique n’a jamais été apportée.

Elle encourt une peine de douze ans en espagne

En brisant ces dernières années les différentes vitrines politiques des indépendantistes, les gouvernements espagnols successifs ont laissé le problème entier, voire l’ont alimenté. Aurore Martin a d’ailleurs déclaré qu’elle ne renoncerait pas à son « activité politique au sein de Batasuna », en dépit de la menace d’extradition en Espagne où elle encourt une peine de prison de douze ans.


Le PCF 64 avait déjà pris position dès le moi dernier.

Aurore Martin : communiqué de la Fédération du PCF64

Une jeune française risque d’être arrêtée et livrée à la justice espagnole. La motivation de cette extradition est le fait d’appartenir à une organisation jugée comme terroriste en Espagne mais légale en France. C’est l’application d’une modification de la constitution qui autorise depuis le 1er janvier 2004 le gouvernement à livrer des français à une justice étrangère.


Ainsi se trouvent confirmés les dangers dénoncés par les Communistes au parlement lors du vote du 17 mars 2003 sur la modification de la constitution française (seul groupe ayant voté contre) ; le mandat d’arrêt européen remettait en cause un principe fondamental reconnu par les lois de la République le refus d’extradition pour des motifs politiques.

Le terrorisme que nous condamnons sans équivoque et qu’il faut mettre hors d’état de nuire sert de prétexte liberticide aux États. Les exemples récents sont nombreux : l’IRAK, l’AFGHANISTAN, GUANTANAMO, le GIA Algérien etc.

Si devant la montée du terrorisme et de l’internationalisation de la criminalité il s’impose de renforcer l’efficacité des procédures juridiques transnationales. Une fois de plus la commission européenne a privilégié l’harmonisation des moyens de répression au lieu de chercher à harmoniser et à construire une Europe de la justice. Comme elle a construit une Europe de la libre circulation des capitaux, une Europe ultra libérale plutôt que de construire une Europe sociale.

La Fédération des Pyrénées-Atlantiques du Parti communiste français exige que ne soit pas livrée à la police espagnole la jeune française Aurore Martin au seul motif qu’elle serait membre d’une organisation illégale en Espagne mais considérée par le gouvernement français comme légale.