
Refusons la « règle d’or » sarkozyenne
29/07/2011
Par Pierre Laurent, secrétaire national du parti communiste français.
Dans le courrier qu’il vient d’adresser aux parlementaires, daté
du 26 juillet, Nicolas Sarkozy plaide avec enthousiasme en faveur des
récentes décisions du sommet de Bruxelles concernant la crise grecque et
une gouvernance économique européenne renforcée.
Il appelle les députés et les sénateurs français à s’unir « comme un
seul homme » sur ces bases en vertu des intérêts supérieurs de la nation
de « maîtrise » des dépenses publiques.
Tout le monde a parfaitement saisi son appel à adopter sans
discussion la « règle d’or » qui permettrait d’inscrire dans la
Constitution la politique d’austérité et d’injustice sociale que son
gouvernement mène au bénéfice des marchés financiers depuis son élection
à la présidence et que les gouvernements européens renforcent dans
toute l’Europe sous le contrôle de la BCE, du FMI et de l’Union
européenne.
Pour le Parti communiste français, les choses sont claires : il est
hors de question de prêter la main à l’adoption de ce projet injuste,
inefficace, contraire à l’intérêt général et à la souveraineté de notre
pays. Nos parlementaires ne voteront pas ce projet que nous combattons
avec détermination avec toutes les forces du Front de gauche et leur
candidat commun à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon.
Face à la crise très grave des dettes publiques en zone euro, le
sommet extraordinaire de l’Eurogroupe du 22 juillet dernier a, en
réalité, décidé de sauvegarder les intérêts financiers des grands
créanciers au détriment de celui des peuples, des salariés. Cette
réunion n’a surtout rien changé ni à l’orientation de la politique
monétaire de la Banque centrale européenne ni à la sélectivité du crédit
bancaire. Nicolas Sarkozy et ses homologues européens ont fait le choix
de ne pas frapper les spéculateurs qui sont pourtant à l’origine de la
crise financière.
Ainsi, le principe d’une taxation bancaire a été rejeté. Certes, les
taux d’intérêt des prêts consentis vont être abaissés et leur durée
rallongée pour maintenir la tête du débiteur grec hors de l’eau sans le
sauver de la noyade. Mais la possibilité d’un « défaut de paiement
sélectif » de la Grèce est maintenue, avec le risque de nouveaux
acharnements spéculatifs des marchés financiers contre elle, mais
également contre d’autres pays considérés comme « fragiles », parmi
lesquels l’Espagne, mais aussi l’Italie et ses 1 900 milliards d’euros
de dette publique.
Le Fonds européen de stabilité financière (FESF), doté de
440 milliards d’euros en mai 2010 pour reprêter aux États en difficulté
de l’argent qu’il emprunte sur les marchés financiers avec la garantie
de chaque pays membre de l’euro, voit son rôle très accru.
Avec le nouveau plan de 160 milliards d’euros décidé pour la Grèce,
le FESF tend à devenir, à côté de la toujours très monétariste BCE, le
pivot d’un projet de fuite en avant vers l’endettement public massif sur
les marchés financiers de toute la zone euro, prise comme un tout.
Or un premier épisode, ouvert au printemps 2010, de cette fuite en
avant au service de la domination des marchés financiers vient,
pourtant, de se conclure en débouchant sur un fiasco.
Le premier plan dit de « sauvetage » de la Grèce, auquel les députés
communistes et du Parti de gauche ont été les seuls à s’opposer au
Parlement, a brisé la croissance de ce pays, provoqué l’explosion du
chômage et l’écrasement des salaires réels (– 8,9 % entre 2008 et 2011),
aggravant le déficit budgétaire (+ 6 % de 2008 à 2011) et accentuant,
en pratique, l’accumulation des dettes, malgré les énormes sacrifices
imposés au peuple et le bradage des atouts nationaux avec les
privatisations, la casse des retraites… La dette publique de la Grèce
qui était de 105 % de son PIB en 2008 approche, désormais, 150 % ! Et
voilà dans quelle voie on propose de nous enfoncer.
Ces décisions soumettent tous les peuples de l’Union européenne à ce
chantage alors que cinq jours à peine après le sommet, les agences de
notation annoncent déjà la forte probabilité de baisser les notes de
l’Italie et de la France. N’est-il pas grand temps de changer
radicalement de logique et de cesser le sacrifice des économies
nationales au profit des spéculateurs ?
L’adoption de la règle d’or qui soumettrait constitutionnellement
tous nos budgets aux exigences des marchés financiers serait une folie.
Le remboursement des marchés serait garanti tandis que cette règle
obligerait à sacrifier nos salaires, nos retraites, notre protection
sociale, nos systèmes publics d’éducation et de santé. Ce serait
l’austérité à perpétuité et l’incapacité pour notre économie de se
relever.
C’est cette voie que notre peuple a refusée par référendum en 2005.
Si les partisans de la règle d’or sont convaincus que les Français ont
changé d’avis depuis, qu’ils osent la soumettre au suffrage universel !
Si le président de la République par peur du suffrage universel
décide d’obtenir ce changement constitutionnel en convoquant tous les
parlementaires en Congrès, pas une voix ne doit manquer à gauche pour
empêcher l’adoption de ce projet.
Les communistes appellent toutes les femmes et tous les hommes de
progrès à se mobiliser pour mettre en échec cette récession programmée
et ce déni de démocratie. Ce rejet doit être l’occasion pour toutes les
forces de gauche de s’engager fermement à renoncer à cette politique
d’austérité suicidaire et à promouvoir des choix nouveaux de
développement social et écologique en France et en Europe.
La France ne doit pas seulement se battre pour une solution juste et
solidaire au défi de la dette en Europe mais elle doit agir pour
émanciper l’Union européenne de la dépendance des marchés financiers en
retrouvant à tous les niveaux, national et européen, la maîtrise
publique de la finance et du crédit, en taxant les banques et les
profits financiers, en changeant le rôle et les missions de la BCE, en
relevant les salaires et en développant les services publics. La France
pourrait agir pour remplacer le Fonds européen de stabilité financière,
qui soutient les marchés, par un Fonds européen de soutien au
développement social et solidaire des pays européens.
Le Front de gauche, avec le Parti communiste et ses partenaires, est
déjà pleinement mobilisé pour mener cette bataille. Nicolas Sarkozy
lance un défi à toute la gauche en cherchant à faire la démonstration
qu’il n’y a pas d’alternative à sa politique. Relevons ce défi. Une
autre politique est possible !
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