
Assurer le retour d’EDF à la nation
22/04/2011
Par Guy Léger, membre fondateur du Mouvement National de Lutte pour l’Environnement (MNLE).
C’est dans l’horreur absolue du 6 août 1945 qu’est née la peur du
nucléaire. Le jour où la bombe atomique fut lancée sur Hiroshima, par
les Américains, qui devaient récidiver le 8 août avec la seconde bombe
atomique larguée sur Nagasaki. Depuis, il est normal de redouter
l’accident nucléaire, d’autant que Tchernobyl a démontré que
l’improbable était possible.
Mais pour autant, faut-il renoncer à l’usage pacifique du nucléaire ?
Non, a répondu en son temps, le savant français, prix Nobel, Frédéric
Joliot-Curie. En même temps qu’il réalisait la première « pile atomique
Zoé », Joliot-Curie se prononçait contre l’usage militaire du
nucléaire. Il refusa de participer à la création de la première bombe
atomique française et c’est tout à son honneur. Cela lui coûta sa
carrière et son poste de commissaire à l’énergie atomique.
Nous le savons, l’usage pacifique du nucléaire comporte des risques,
et toutes les questions que cela pose ne peuvent trouver de réponse que
dans une société libérée de la course aux profits, dans une société qui
investira dans le dépassement du capitalisme, pour appeler la chose par
son nom.
C’est donc en agissant aujourd’hui pour la démocratie, pour rendre au
peuple, aux travailleurs le droit d’intervenir dans les choix
politiques, économiques et industriels, que doit être posée la question
du nucléaire.
S’agissant de la production électronucléaire, cela passe par un
retour à la nation d’EDF, c’est la condition pour garantir la sûreté des
installations et la sécurité des travailleurs et des populations. Cela
passe aussi par la création d’un grand secteur public de l’énergie,
soucieux de répondre au mieux aux intérêts de tous, tant en matière de
besoins, qu’en matière de coût et de respect de l’environnement.
C’est un fait établi, les besoins en énergie iront croissant, surtout
si nous nous engageons pour un nouveau mode de développement,
permettant à tous ceux qui en sont privés d’accéder à l’eau, à
l’hygiène, à la santé, au savoir, au bien-être.
Le dépassement, par ailleurs, de l’usage des énergies fossiles
(pétrole, gaz, charbon) est une nécessité pour réduire les rejets de gaz
à effet de serre et aussi parce que ces énergies s’épuisent, entraînant
un surcoût important pour mettre en œuvre des énergies de remplacement.
Au stade actuel des connaissances, l’éolien et le solaire ne peuvent
suffire à répondre aux besoins. Il restera alors deux sources d’énergie à
promouvoir :
– l’hydraulique, mais elle a ses limites environnementales et
humaines, comme nous l’enseigne le barrage des « trois gorges » en Chine
;
– le nucléaire, dont le coût sera accru par la nécessité de répondre
aux problèmes de sûreté et de sécurité au niveau le plus élevé et aussi
par les problèmes posés par le traitement des déchets radioactifs.
En conclusion, la satisfaction des besoins en énergie deviendra de
plus en plus coûteuse et toutes les politiques d’économies ne suffiront
pas, pour rendre l’énergie accessible à tous.
Seuls un autre mode de développement non capitaliste et une
coopération renforcée entre tous les pays permettront de produire
l’énergie au juste coût, capable de satisfaire les besoins de toute
l’humanité.
Cela supposera, aussi, un effort de recherche considérable, qui
inclura non pas la sortie du nucléaire, mais la recherche de son
dépassement.
Cela doit être l’objectif de nos luttes
présentes et futures pour garantir l’avenir de
l’homme et de la planète.
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