Pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement
Zapatero est confronté à une mobilisation populaire contre sa politique
à l’appel des deux principaux syndicats, les commissions ouvrières
(CC.OO) et l’Union générale des travailleurs (UGT). Mardi dernier, des
dizaines de milliers de salariés ont pris part à des rassemblements
contre le projet du gouvernement socialiste de relever de soixante-cinq
à soixante-sept ans l’âge légal du départ à la retraite. À Madrid,
60 000 personnes ont défilé dans les rues, selon les syndicats. Des
manifestations se sont déroulées aussi à Barcelone et à Valence,
d’autres doivent avoir lieu dans les jours qui viennent ailleurs dans
le pays. « Nous allons défendre bec et ongles les droits des retraités
actuels et futurs, et nous ne permettrons pas qu’en plein milieu de la
crise, il y ait un nouvel et injustifié transfert de revenus du travail
vers le capital », a déclaré Ignacio Fernandez Toxo, dirigeant des
CC.OO.
Le ministre du Travail, Celestino Corbacho, a tenté de son côté de
minorer le sens de ces manifestations en affirmant qu’elles « ne sont
pas incompatibles » avec la recherche d’un accord. Pour sa part, la
droite du Parti populaire a déclaré que les manifestations « n’ont pas
semblé très suivies ».
Le coordinateur fédéral d’Izquierda Unida, Cayo Lara, a, lui, exigé
que Zapatero « jette immédiatement son projet à la poubelle ». Le
secrétaire général de l’OCDE, qui regroupe les 30 pays capitalistes les
plus développés de la planète, a de son côté volé au secours du
gouvernement espagnol en déclarant que les projets débattus en Espagne,
tels que le report de l’âge de la retraite, étaient « plus nécessaires
que jamais ».
Avant même ces manifestations, les CC.OO avaient engagé le
gouvernement Zapatero à mettre en œuvre un plan de sauvegarde des
réseaux de caisses d’épargne, très développés dans le pays et mis à mal
par la crise, plutôt que de tenter de reculer l’âge de la retraite.
L’Espagne, comme plusieurs pays d’Europe, est actuellement harcelée par
les marchés financiers qui font la fine bouche pour lui prêter de
l’argent. Mais, à vrai dire, le grand problème de l’économie espagnole
n’est pas l’endettement public. Les finances du pays ne sont pas en
plus mauvais état que celles des États-Unis, du Royaume-Uni ou même de
la France. Ce qui n’empêche pas l’Espagne de tirer un très gros
boulet : l’énorme dette extérieure privée, accumulée par le système
bancaire espagnol afin, particulièrement, de financer la formidable
spéculation immobilière qui a sévi durant vingt ans dans la péninsule.
« La situation des banques espagnoles est
différente de celle des
États-Unis ou du reste de l’Europe », explique
Julio Rodriguez,
économiste, militant socialiste, représentant du syndicat
UGT au
conseil économique et social de la communauté de Madrid,
ancien
président de la Banque hypothécaire d’Espagne. Car
elles n’ont pas
d’actifs « pourris » et elles ont
pâti « d’un excès de crédit
à
l’immobilier qui a été financé, notamment,
en empruntant à l’étranger ».
Avec l’explosion de la bulle spéculative immobilière, les crédits
accordés aux promoteurs se sont révélés plus difficiles à récupérer. Le
système financier espagnol est soumis à une double pression, celle de
la charge de la dette extérieure et celle des impayés des entreprises,
des ménages et des promoteurs immobiliers. « Entre 2010 et 2015,
indique Julio Rodriguez, il va nous falloir rembourser le principal des
emprunts contractés à l’étranger pour financer l’immobilier espagnol.
Cela explique, pour partie, le rationnement actuel du crédit
intérieur : nous devons payer la dette extérieure. »
Il est d’autant plus difficile de sortir de cette impasse qu’« en
Espagne, enchérit un expert proche des syndicats, nous nous sommes
endettés pour acquérir des biens, les logements, qui ne nous
permettront pas de payer nos dettes ». Raison de plus pour réorienter –
ce qui rejoint un défi commun à tous les pays européens – le système
bancaire vers le financement d’activités à haute valeur ajoutée,
créatrices d’emplois de qualité.
23,3 % du PIB espagnol :
c’est ce que représente l’économie
souterraine, révèle le
syndicat des techniciens du
ministère du Budget.
11,4 % du PIB, tel est le
niveau du défi cit public total.
Les recettes de l’impôt sur
les sociétés ont baissé de
26,1 % et celles de la TVA, de
30,1 %.
Le taux de chômage approche
les 20 %.