28/02/2010

Retraites : quand les Espagnols entrent en résistance

Le gouvernement Zapatero accède aux desiderata des marchés financiers et s’obstine à vouloir reculer l’âge légal de départ à soixante-sept ans, mais les syndicats mobilisent. Un bras de fer s’annonce, qui touche à un gros enjeu européen.

Pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Zapatero est confronté à une mobilisation populaire contre sa politique à l’appel des deux principaux syndicats, les commissions ouvrières (CC.OO) et l’Union générale des travailleurs (UGT). Mardi dernier, des dizaines de milliers de salariés ont pris part à des rassemblements contre le projet du gouvernement socialiste de relever de soixante-cinq à soixante-sept ans l’âge légal du départ à la retraite. À Madrid, 60 000 personnes ont défilé dans les rues, selon les syndicats. Des manifestations se sont déroulées aussi à Barcelone et à Valence, d’autres doivent avoir lieu dans les jours qui viennent ailleurs dans le pays. « Nous allons défendre bec et ongles les droits des retraités actuels et futurs, et nous ne permettrons pas qu’en plein milieu de la crise, il y ait un nouvel et injustifié transfert de revenus du travail vers le capital », a déclaré Ignacio Fernandez Toxo, dirigeant des CC.OO. Le ministre du Travail, Celestino Corbacho, a tenté de son côté de minorer le sens de ces manifestations en affirmant qu’elles « ne sont pas incompatibles » avec la recherche d’un accord. Pour sa part, la droite du Parti populaire a déclaré que les manifestations « n’ont pas semblé très suivies ».

Le coordinateur fédéral d’Izquierda Unida, Cayo Lara, a, lui, exigé que Zapatero « jette immédiatement son projet à la poubelle ». Le secrétaire général de l’OCDE, qui regroupe les 30 pays capitalistes les plus développés de la planète, a de son côté volé au secours du gouvernement espagnol en déclarant que les projets débattus en Espagne, tels que le report de l’âge de la retraite, étaient « plus nécessaires que jamais ».

Avant même ces manifestations, les CC.OO avaient engagé le gouvernement Zapatero à mettre en œuvre un plan de sauvegarde des réseaux de caisses d’épargne, très développés dans le pays et mis à mal par la crise, plutôt que de tenter de reculer l’âge de la retraite. L’Espagne, comme plusieurs pays d’Europe, est actuellement harcelée par les marchés financiers qui font la fine bouche pour lui prêter de l’argent. Mais, à vrai dire, le grand problème de l’économie espagnole n’est pas l’endettement public. Les finances du pays ne sont pas en plus mauvais état que celles des États-Unis, du Royaume-Uni ou même de la France. Ce qui n’empêche pas l’Espagne de tirer un très gros boulet  : l’énorme dette extérieure privée, accumulée par le système bancaire espagnol afin, particulièrement, de financer la formidable spéculation immobilière qui a sévi durant vingt ans dans la péninsule.

« La situation des banques espagnoles est différente de celle des États-Unis ou du reste de l’Europe », explique Julio Rodriguez, économiste, militant socialiste, représentant du syndicat UGT au conseil économique et social de la communauté de Madrid, ancien président de la Banque hypothécaire d’Espagne. Car elles n’ont pas d’actifs « pourris » et elles ont pâti « d’un excès de crédit à l’immobilier qui a été financé, notamment, en empruntant à l’étranger ».

Avec l’explosion de la bulle spéculative immobilière, les crédits accordés aux promoteurs se sont révélés plus difficiles à récupérer. Le système financier espagnol est soumis à une double pression, celle de la charge de la dette extérieure et celle des impayés des entreprises, des ménages et des promoteurs immobiliers. « Entre 2010 et 2015, indique Julio Rodriguez, il va nous falloir rembourser le principal des emprunts contractés à l’étranger pour financer l’immobilier espagnol. Cela explique, pour partie, le rationnement actuel du crédit intérieur  : nous devons payer la dette extérieure. »

Il est d’autant plus difficile de sortir de cette impasse qu’« en Espagne, enchérit un expert proche des syndicats, nous nous sommes endettés pour acquérir des biens, les logements, qui ne nous permettront pas de payer nos dettes ». Raison de plus pour réorienter – ce qui rejoint un défi commun à tous les pays européens – le système bancaire vers le financement d’activités à haute valeur ajoutée, créatrices d’emplois de qualité.

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