Ripostons,
proposons.
Salle comble à Japy
09/11/2010
A l’appel du PCF,
mille personnes s’étaient donnés rendez-vous lundi 8 novembre au Gymnase Japy,
dans le 11ème arrondissement de Paris. Une soirée de lutte et d’échanges autour
des propositions alternatives portées par le PCF qui témoignait de la
combattivité intacte des militants présents. Deux jours après la huitième
mobilisation nationale contre la réforme des retraites, le moment était
d’importance. Il s’agissait aussi de faire le point sur le débat à gauche, les
prochaines échéances politiques et sociales, pointer l’importance du
développement du Font de Gauche et du PCF et de tracer des perspectives
politiques face à une droite toujours aussi déterminée à multiplier les mauvais
coups.

Discours de Pierre
Laurent, secrétaire national du PCF
Discours d'André CHASSAIGNE (PDF)
Pierre Laurent a prononcé le discours de clôture
du meeting de Japy à Paris le 8 novembre 2010.
Mesdames et Messieurs,
Cher-e-s ami-e-s et cher-e-s camarades,
Nous tenons ce meeting dans un moment exceptionnel.
Samedi, c’est encore plus d’1,2 million de personnes qui manifestaient dans le
pays contre la réforme des retraites, sans compter les milliers de femmes
venues défiler à Paris pour les droits des femmes et singulièrement le droit à
l’avortement aujourd’hui gravement remis en cause. Oui, la mobilisation n'est
pas terminée ! Oui la colère est plus grande que jamais contre un pouvoir qui
méprise à ce point les salariés de notre pays !
Le gouvernement peut bien pérorer. C’est un
très haut niveau de mobilisation et de combativité qui persiste, après des
semaines d’une exceptionnelle intensité. Nous vivons un de ces mouvements
sociaux, une de ces mobilisations citoyennes, dont notre peuple a le secret et
qui marqueront, après d’autres - 1995 ou 2005 et le TCE pour ne citer que les
plus récentes - l’histoire de notre pays.
Le gouvernement continue sa chanson sur
l’essoufflement, l’échec, la fin du mouvement. Il a fait voter sa loi, non sans
mal, et après avoir été obligé de mettre au pas les deux Assemblées, pourtant
dominées par des majorités honteusement
serviles, et le voilà qui veut nous faire croire qu’il a gagné la
bataille.
Eh bien, nous affirmons ici le
contraire : Nicolas Sarkozy et son gouvernement ont fait voter la loi,
mais le président de la République vient de perdre sa première grande bataille
politique depuis 2007. Et quoi que nous chantent les bla-bla gouvernementaux,
cela change tout pour la suite !
C'est clair et net, la bataille des retraites
n’est pas terminée. L'intersyndicale vient de décider une nouvelle journée
d'action entre le 22 et le 26 novembre. De multiples actions sont prises dans
de nombreuses corporations. Des grèves continuent et il faut saluer le courage
de ceux qui les conduisent. Quelle que soit l'issue de la bataille engagée, le
peuple français restera durablement marqué par les évènements que nous vivons
en ce moment.
Trois convictions majeures nous ont rassemblé
et rassemblent une majorité de nos concitoyennes et de nos concitoyens au cours
de cette bataille.
La première est très claire : nous,
salariés de toutes conditions et jeunes en formation de ce pays, nous ne
voulons pas vivre les décennies à venir sous le régime injuste que nous impose
cette loi. Nous nous battrons jusqu’à sa
remise en cause, parce que ce n’est pas la vie que nous voulons. Le vote de la
loi ne tourne pas la page. Ce combat est plus que jamais devant nous. Et, que
les choses soient claires, ce message s’adresse à tous les gouvernements à
venir, quels qu’ils soient. Qu’aucun d’entre eux ne mise sur la résignation en
la matière. Tout simplement parce qu’il en va d’une question essentielle pour
la vie de notre peuple, pour l’avenir de la jeunesse du pays.
Nous ne voulons pas être contraint d’attendre
de toucher une retraite, souvent de
misère, jusqu’à 62, 65 ou 67 ans
quand 40% des salariés qui partent aujourd’hui à 60 ans ne sont déjà
plus en situation d’emploi mais exclus du travail. Nous ne voulons pas laisser
voler les plus belles années de retraite à des ouvriers épuisés, victimes de maladies
professionnelles mal reconnues, à des employés ou des cadres minés par le
stress. Nous ne voulons pas laisser les femmes subir tout au long de leur vie
professionnelle la précarité, le temps partiel, les bas salaires, pour
s’entendre dire à 60 ans, il faut continuer à ce régime là deux, cinq ou sept
ans de plus, et tout ça pour une pension indigne d’une vie au XXIème siècle.
Nous ne voulons pas priver les jeunes d’un million d’emplois quand leur accès
au marché du travail serait au contraire une des clés d’une réforme juste et
solidaire des retraites.
Oui, nous ne voulons pas de tout cela, et
nous nous battrons jusqu’au bout ! Cette réforme ne doit pas s'appliquer.
C'est maintenant notre combat.
Une seconde
conviction s'est imposée avec
clarté. Ce pouvoir est indigne, il a décidément
tourné le dos à toute
légitimité populaire, et n'a qu'une boussole, les
intérêts de l'oligarchie
financière. Pour faire adopter cette loi, il a tout
bafoué : bafouée la
négociation avec les syndicats qui n’a jamais
existé ; bafouée la voix du
peuple qu’il n’a jamais voulu écouter, niant
l’évidente opposition majoritaire
du pays, méprisant les manifestants, stigmatisant et
réprimant les grévistes,
manipulant jusqu’au ridicule les chiffres pour nier
l’importance des mobilisations ;
bafouée la jeunesse, qu’il a cherché à
infantiliser, niant son droit au débat
et à la libre expression, puis a provoqué, infiltrant la
police dans ses rangs,
en utilisant des méthodes de voyous ; bafoué le
Parlement, dont la
conduite des débats a été régenté
par l’Elysée au mépris de la Constitution,
réduisant les parlementaires de sa majorité à des
applicateurs zélés et
serviles de la moindre de ses directives ; au fond bafoués
tous les
principes démocratiques et les valeurs républicaines de
notre pays, valeurs
désormais régulièrement mises à mal depuis
que le gouvernement s'est engagé
pour détourner la colère populaire sur la voie haineuse
de la xénophobie
d'État.
Eh bien, ce n’est pas comme cela que notre
pays entend être gouverné. Ce n'est pas cette France dénaturée dans laquelle
nous nous reconnaissons. Nous ne sommes pas une république bananière dans
laquelle l’élection du Président de la République peut devenir un blanc-seing
assimilé au vote des pouvoirs spéciaux dont le président pourrait user sans
limite hors de tout contrôle démocratique.
Oui, en adoptant la loi contre la majorité
populaire, contre toutes les organisations syndicales, Nicolas Sarkozy et son
gouvernement ont signé leur illégitimité. Au nom de la souveraineté
démocratique, ils sont condamnables et
condamnés.
La troisième conviction s’est lue sur bien
des pancartes, a été entendue dans bien des témoignages, elle résume la portée
du mouvement : « de cette société là, nous ne voulons
pas ! ».
La bataille sur les retraites a cristallisé
le rejet de choix politiques qui, en tous domaines, visent à faire payer la
crise financière capitaliste aux salariés. Ces choix nous conduisent tous, et
la société avec, dans de très graves impasses, dans des crises décuplées, dans
une régression générale et continue.
La crise est bel et bien là. Les chiffres
parlent d'eux-mêmes. Notre pays compte désormais très officiellement 4 millions
de chômeurs. Parmi eux, plus de 725.000 séniors et 750.000 jeunes : que dire
d'une société qui réserve pour seul sort aux plus âgés et aux plus jeunes la
souffrance du chômage ? Elle est malade
et cette maladie a un nom : le cancer généralisée de la finance. La sueur des
uns fait le profit des autres. Les entreprises du CAC 40 affichent 47 milliards
de profit pour la seule année 2009. C'est plus que le besoin de financement de
la sécurité sociale. Et si l'on en croit les Échos du 21 octobre, les dix
premiers groupes du CAC 40 sont assis sur un matelas de trésorerie de 145
milliards d'euros ! Quant aux banques, elles annoncent à nouveau des profits
faramineux. Où elle la morale d'un tel système qui fait sa fortune en
rackettant le travail et la création de richesses ?
Les luttes actuelles montrent que des
millions de salariés ont pris conscience de cette crise et de la nécessité d'en
sortir autrement qu'avec les recettes capitalistes. Au delà de l'enjeu du droit
à la retraite, ce mouvement porte de très grandes exigences populaires en
matière d'emploi, de salaire et de pouvoir d'achat et, plus profondément encore,
il porte la question essentielle du travail et de sa finalité. Je pense aux
sous-traitants et intérimaires de l'aéroport de Roissy, à nouveau mobilisés
jeudi dernier, à ces bagagistes qui souffrent au travail et vivent comme une
insupportable provocation le recul de l'âge légal de départ en retraite ; ou
encore aux agents de Pôle Emploi qui seront demain mobilisés pour exiger le
retrait du plan de suppression de 1800 postes, dénoncer leurs conditions de
travail et donc les conditions d'accueil de millions de chômeurs dans ces
structures.
Sauf à vouloir remplacer la société par le
chaos, il est temps d'administrer à ce système capitaliste un traitement de
choc. Il est de notre responsabilité pour cela d'inventer ensemble un nouvelle
civilisation, une civilisation de toute l'humanité, fondée sur la maîtrise et
le dépassement des marchés, sur des nouveaux pouvoirs pour les citoyens, les
travailleurs et indissociablement sur une autre culture, une nouvelle éthique,
de nouvelles valeurs de partage, de respect de la créativité de chacun.
Soyons confiants dans notre capacité à
atteindre cette ambition. Le désarroi de la droite se fait chaque jour un peu
plus sentir. Il s’entend et se lit. Il y a ces derniers temps, à droite, une
petite musique savoureuse que j'aimerais partager avec vous. Claude Bébéar s'en
est récemment fait l'interprète dans une interview au Monde. A la question
« Comprenez-vous la résistance des Français à la réforme des retraites
? », le président d'honneur d'AXA a répondu ces quatre mots lourds de sens
: « A vrai dire non. » Cette musique, loin des discours officiels,
nombreux sont ceux à l'UMP qui ose l'avouer : « ils ne comprennent
pas ! ». Ils ne comprennent pas comment, alors que la propagande étatique
fonctionnait à plein régime, alors que le calendrier avait été soigneusement
déterminé, comment une telle mobilisation a été possible.
Et pour cause ! Depuis 2007, ils pensaient
que tout était réglé : leur politique était, disaient-ils, ultra-populaire ;
les syndicats étaient devenus « responsables » ; et vous vous
souvenez toutes et tous de cette phrase de Nicolas Sarkozy lui-même :
« Désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s'en
aperçoit ». C'est d'ailleurs probablement cette même arrogance qui a fait
confondre à Jean-Louis Borloo, 300 et 3000 stations-services à sec en pleine
grève des raffineries.
Mais la crise
financière et la réponse des
gouvernants à cette crise ont mis fin à cet enfumage. Et
le mouvement actuel a
bel et bien été à la hauteur de l’attaque
sans précédent lancé à la faveur de
cette crise contre le monde du travail.
Voilà, mes amis, ce qui vient de changer. Et
vous le mesurez, ce n’est pas rien. Nous venons d’entrer dans une nouvelle
phase de l’affrontement contre ce pouvoir, avec des atouts nouveaux. Nicolas Sarkozy voulait faire de la retraite
sa bataille essentielle. Nous avions décidé de relever le défi en décidant lors
de notre congrès de faire de cette bataille un axe majeur de notre action. Nous
pouvons être fiers de la bataille menée. Oui, nous sortons plus forts des
semaines écoulées, Nicolas Sarkozy et les siens plus affaiblis.
Avant de vous dire encore un mot sur l’avenir
et les tâches politiques essentielles qui nous attendent, permettez-moi de
saluer notre peuple qui une fois encore a montré son extraordinaire capacité de
résistance. Aux heures les plus fortes de la mobilisation, nous avons tous
ressenti ce que nous ressentions en militant pour le non au TCE en 2005 : la
formidable intelligence d'un peuple face à un pouvoir se servant de tous les
artifices pour le diviser et le faire plier ; la combattivité de millions de
femmes et d'hommes qui n'est conquise que dans la conviction de se battre pour
la justice sociale ; et, aussi, cette envie de liberté, d'égalité et de
fraternité, cette envie de faire vivre et de reconquérir les valeurs de notre
République, de les faire entrer dans le XXIème siècle quand tant de bons
apôtres du capitalisme mondialisé nous expliquent que la modernité serait d'y
renoncer.
Je veux aussi ce soir saluer le travail exceptionnel
des organisations syndicales. Jour après jour, elles ont multiplié les
initiatives pour informer les travailleurs de la nature régressive du projet
gouvernemental. Depuis des mois, elles sont restées unies sans ne jamais rien
céder au gouvernement qui fasse reculer les droits des salarié-es. Et,
aujourd'hui, des millions de salariés affirment ensemble leur volonté de
maintenir le droit à la retraite à 60 ans et se mobilisent pour le garantir.
Bravo à elles pour leur lucidité et leur détermination. Je peux vous dire, moi
qui vient de me rendre, pour préparer le prochain congrès du PGE les 4 et 5
décembre à Paris, à Madrid, Rome, Athènes et Hanovre, que l'Europe entière
admire et regarde ce qui se passe dans notre pays.
Je veux enfin redire ici l’importance du
travail des parlementaires communistes, de l’ensemble des deux groupes dans
leur diversité. Le projet de loi qu'ils ont élaboré et porté a donné une
perspective politique crédible à la mobilisation en montrant, proposition
contre proposition, qu'une autre réforme était et demeure possible. Leur grande
ténacité dans le débat parlementaire a donné un formidable écho aux
revendications des salariés. Nous pouvons être fiers d'eux. Le peuple a besoin
de tels élus et ils ont montré ce que le peuple est en droit d’attendre de la
gauche.
Car, c’est l’autre question dont je veux vous
parler ce soir. La gauche doit maintenant
prendre la mesure de la puissance de l’exigence populaire qui vient de
gagner le pays. Et elle doit se mettre à la hauteur. Je ne vais pas y aller par
quatre chemins : le risque est grand qu’elle ne le fasse pas. Et c’est
exactement ce que pensent les gens qui expriment dans plusieurs sondages parus
ces jours ci tout à la fois leur envie de gauche et leur scepticisme sur la gauche.
Les Français ont raison. Aujourd’hui, le
fossé existe. Le décalage est réel. Mais, nous, mes camarades, nous ne sommes
pas là pour constater cette situation, pour pleurnicher, même avec les larmes
de la colère, sur l’état du problème. Nous sommes pour là pour changer cette
situation, pour construire avec notre peuple le projet collectif de changement
auquel il aspire, pour ouvrir avec lui le chemin d’espoir qui lui ouvrira la
porte. Et je l’ai dit, ce qui vient de se passer nous donne de nouveaux atouts
pour y parvenir.
Que propose-t-on pour le moment à notre
peuple pour résoudre ce problème et répondre à ces attentes ?
A droite, on nous propose un
remaniement ! La belle affaire ! Le petit jeu de Nicolas Sarkozy, qui
dure maintenant depuis des mois, à jouer, comme le disait Marie-George, avec
les prétendants de son camp à tel ou tel poste, est, dans la période, tout
simplement indécent. Je le dis clairement ce soir : il n'y a rien à attendre du
remaniement, rien, absolument rien. Ils vont changer l'ordre de la photo
gouvernementale. Et, de toute façon, dans la monarchie UMP, Nicolas Sarkozy
décide tout et tout seul. Alors que l'on ne compte pas sur nous pour commenter
ce nouveau casting. Le remaniement, on s'en fout et ça n'intéresse pas les
Français.
Au Parti socialiste, on nous parle élection
présidentielle, et c'est effectivement une échéance importante. Au lendemain de
la journée de mobilisation du 26 octobre, Ségolène Royal - qui parlait un peu
vite de « défaite », merci pour ceux qui luttent - déclarait que la
réforme des retraites ne constituait pas « une défaite définitive »
et était réversible en cas de victoire de la gauche à la présidentielle de
2012. Certes, aucune loi n'est éternelle. Celle-ci pourra donc être changée.
Mais le problème, c’est sur quelle base ?
François Hollande, déclarait cette semaine
dans une interview : « Il est évident que l'allongement de l'espérance de
vie conduira à un allongement progressif de la durée de cotisation. […] Au nom
de quoi empêcher un salarié qui n'a pas forcément tous ses trimestres de
liquider sa pension plus tôt, quitte à subir une décote ? C'est quand même un
choix de vie ! » Fin de citation.
Eva Joly n'est pas en reste quand elle
déclare : « L'attention a été trop centrée sur l'aspect faussement bon
sens et comptable de la réforme. L'argument qui consiste à dire nous vivons
plus longtemps donc il faut travailler plus est superficiel. Il faut poser la
question : qui travaillera plus longtemps ? ». Permettez-moi, là encore,
de ne pas être très rassuré quant aux résultats produits par une réforme des
retraites qui partirait de la question « qui travaillera plus
longtemps ?».
Eh bien, nous, nous ne prenons pas le débat
de cette manière. Nous en avons assez de cette gauche de la défaite qui n'a que
« le réalisme de la contrainte financière » à la bouche comme si les
dogmes de la gestion capitaliste et du FMI étaient devenus incontournables. Ce
sont ces dogmes qui nous ont conduit à la crise. Je le dis aux responsables du
Parti socialiste et d'Europe Ecologie : si la gauche revient au pouvoir, elle
aura la responsabilité principale de répondre à une question, « qui doit
payer : le capital ou les salariés ? ». Eh bien, si la réponse de cette
gauche, c'est encore les salariés, ce sera sans nous !
Mais j'en suis sûr, ce n'est pas ce que
veulent les femmes et les hommes de gauche de ce pays. Et, je préfère parler de
potentiel et pas de contrainte. Comme du potentiel fiscal des hauts revenus ou
des revenus du capital par exemple. Je suis d'ailleurs tombé sur une nouvelle
niche fiscale la semaine dernière. Elle s'appelle la niche Copé. C'est une
niche qui permet aux sociétés d'être exonérer d'impôt sur les plus-values liées
à la cession d'une filiale possédée depuis au moins 2 ans. Ça paraît technique
comme ça mais je vous garantis que c'est très efficace pour les grands groupes.
Ça l'est nettement moins pour les finances de l'État qui a perdu avec ce
dispositif, pour la seule année 2008, plus de 12 milliards de recettes. C'est
20 fois le coût du bouclier fiscal la même année ! C'est formidable, non, la
niche Copé ? Et des niches comme celle-là, nul doute qu'il en existe
probablement des dizaines d'autres.
Alors, oui, le temps est venu de poser les
problèmes autrement que dictées par leurs prétendues contraintes. Les citoyens
veulent reprendre le pouvoir sur leur vie, le pouvoir de penser autrement. Et
si nous voulons leur permettre, il va falloir bousculer le débat cadenassé
qu'ils nous concoctent pour 2012. Si on laisse faire les choses comme elles
sont parties, l’élection présidentielle va ressembler à un trou de souris dans
lequel on demandera de faire rentrer l'énorme aspiration populaire au
changement qui travaille la société. Et l’essentiel de cette aspiration restera
à la porte du changement. D’autant que devant le trou de souris, les pièges
sont nombreux. Oui, mes amis, leur casting présidentiel ressemble furieusement
à une souricière !
Alors, comment rouvrir en grand la porte du
changement ? Comment changer cela ? Tout simplement, en changeant le
programme et les acteurs de ce programme. Et en faisant des citoyens et de
leurs attentes les véritables vedettes des deux années à venir. Je le redis
très tranquillement : si les gens qui sont dans les mobilisations sociales
restent très actifs dans ces mobilisations mais restent très spectateurs du
débat politique à gauche, ce sera l'impasse pour tout projet de transformation
sociale.
Notre plus grand obstacle est que celles et
ceux qui aspirent le plus au changement intègrent le fossé existant entre les
attentes et la gauche comme inéluctable et renoncent à résorber ce décalage. Si
c’est le cas, ils resteront à l’écart du débat, regarderont non sans intérêt
mais avec méfiance tout investissement politique, et ne choisiront le moment
venu que par défaut dans un casting pensé en dehors d’eux.
Il y a un autre chemin à leur proposer.
Reconstruire ensemble un projet de gauche conforme à leurs attentes et le
porter ensemble dans les échéances à venir.
Nous, nous voulons créer l’espoir. Nous avons
lancé le Front de gauche pour cela, pour qu’une démarche ouverte à toutes celles et ceux qui veulent relancer
un projet de transformation sociale à la hauteur se développe au cœur même de
la gauche, jusqu’à transformer toute son ambition politique et sociale. Cette
voie, c’est plus que jamais la bonne et la seule à même d’atteindre nos
objectifs.
A toutes celles et ceux qui pensent que la
gauche est en panne, nous disons : le Front de gauche, c’est le nouveau moteur
qui peut la relancer, à vous de le faire tourner à plein régime.
Construisons notre projet commun, le
programme populaire et partagé qui nous rassemblera, répondons ensemble à la
question : dans quelle société voulons-vous vivre ? Énonçons dans chaque
domaine le ou la grande question qui identifie le changement nécessaire, et qui
rassemble, parce qu’elle en ressent l’urgence, parce qu’elle peut en comprendre
la nécessité et la faisabilité, une majorité de notre peuple. Voilà ce que nous
voulons construire : des grands objectifs majoritairement partagés, disant
clairement où sont les leviers d’un vrai changement pour la vie de nos
concitoyens.
C'est le moment de s'y mettre et, pour
avancer, je fais ce soir quatre propositions.
Première proposition. Pour construire ce
programme partagé, pourquoi ne pas commencer par ce qui nous rassemble dans
l'action depuis des semaines sur les retraites ? Pourquoi attendre 2012 pour
discuter d'une autre réforme des retraites ? Ouvrons partout dans le pays le
travail d'élaboration de la loi nouvelle rétablissant le droit à la retraite à
60 ans à laquelle les forces de gauche se sont engagées.
Les syndicalistes ont des propositions et nos
parlementaires ont déposé une proposition de loi. Au Parti socialiste, un
projet existe qui ne nous convient pas mais Benoit Hamon dit lui-même qu'il
faudra bien mettre les organisations syndicales autour de la table et discuter
de tous les sujets. Eh bien je dis à tous : n'attendons pas. Initions tous
ensemble ce grand débat sur la loi que devra adopter la gauche si elle revient
au pouvoir. Le peuple attend de la gauche qu'elle prenne dès aujourd'hui ses
responsabilités. Ne le décevons pas en renvoyant à demain le grand débat qu'il
attend. Et nous, avec nos partenaires du Front de gauche, nous porterons ce
projet.
Deuxième proposition, ce que nous saurons
faire sur les retraites, engageons le sur les autres grands enjeux de société.
Travail ; argent et fiscalité ; écologie ; services publics ; République,
démocratie et collectivités locales ; construction européenne ; nouvel ordre du
monde... Parlons de tout, sans tabou, pour aboutir à un programme partagé qui
permette à la France de sortir de la crise et de réussir le changement.
J'insiste d'un mot sur l'urgence démocratique
qu'il y a à dépasser les institutions de la Vème République poussées à leur
extrême limite par l'exercice du pouvoir par Nicolas Sarkozy. Doit-on continuer
d'accepter une telle subordination des citoyens, d'accepter que le peuple
exprimant très majoritairement un choix politique n'ait aucun pouvoir
d'intervention directe ? Ce n'est plus possible, plus respirable. Oui, il fat
réinventer dans ce pays la politique, la démocratie et la souveraineté
populaire.
Troisième proposition, puisque les jeunes
sont rentrés dans la danse et que c'est leur avenir qui est en jeu, prolongeons
ce front de la jeunesse en nous mettant à leur disposition pour construire tous
les espaces politiques nécessaires à leur intervention. Nous pouvons compter
sur la jeunesse communiste pour animer avec nous cette démarche.
Quatrième proposition. Pour ouvrir tous ces
chemins, changeons dès maintenant et sans attendre la vie politique.
Expérimentons les formes d'une nouvelle
démocratie citoyenne : créons partout des espaces, des réseaux qui permettront
de travailler dans la durée et à égalité avec le plus grand nombre - syndicalistes,
jeunes, militants du mouvement associatif, élus locaux -
En novembre, en décembre, multiplions la
création de ces espaces. Les mois qui viennent seront décisifs. Nous devons
permettre à l'intelligence populaire de se déployer et de donner une force inédite
à la construction d'une politique alternative.
C'est en avançant dans cette voie, en mettant
en œuvre ces propositions, que je vous propose de construire le contrat
politique qui nous permettra de remporter une victoire définitive et durable
contre la politique de Nicolas Sarkozy, de construire une alternative réussie.
La compétition présidentielle va être
organisée pour brouiller les cartes. Ne tombons pas dans ce piège. Le contrat
du Front de gauche pour 2011 et 2012 devra reposer sur le programme partagé
ainsi construit, sur une vraie ambition pour la gauche, sur la volonté d'une majorité politique
législative assise sur des engagements clairs, sur des candidatures aux
cantonales, aux sénatoriales, à la présidentielle et aux législatives portant
ces objectifs.
Pour le parti communiste, les choses sont
claires : la force du Front de gauche sera collective et partagée ou ne sera
pas. C'est ce qui a fait sa force jusque là. C'est ce qui fera sa force demain,
quelque soit l'échéance affrontée. Pas de femme ou d'homme providentiel-le chez
nous mais des candidat-es respectueux du contrat partagé que nous construirons
avec les citoyen-nes.
On sait bien que cette démarche est exigeante
mais, mes amis, mes camarades, nous pouvons dans les mois qui viennent franchir
avec elle un cap décisif et passer de la possibilité d'une alternance à une
réelle alternative politique.
Soyons confiants. On l'a vu en 2005 lors de
la bataille du NON au referendum et on le voit aujourd'hui avec la bataille des
retraites : parier sur l'intelligence populaire peut porter loin.
Avec le mouvement des retraites, le peuple a
repris la parole. Ensemble, nous n'avons désormais plus qu'un seul cap : qu’il
la garde. Je vous remercie.
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