
Sarkozy invente la "laïcité double face"
03/03/2011
Au
Puy-en-Velay (Haute-Loire), un mois avant la très controversée
convention UMP du 5 avril sur la laïcité et la place de l’islam,
Nicolas Sarkozy est venu saluer "l’héritage patrimonial de la France". Il a estimé que la "chrétienté a laissé" à la France un "magnifique héritage de civilisation".
Le chef de l'État met les pieds dans un débat
critiqué à gauche mais aussi dans la majorité.
Le président de la République a effectué un déplacement dans ce haut
lieu du catholicisme français, officiellement pour évoquer "l'héritage
patrimonial de la France".
Mais la visite de la cathédrale romane de la cité ponote, l'un des
quatre points de départ des pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle,
son cloître et son baptistère du Ve siècle - donc, comme l'a fait
remarquer le président, de l'époque de Clovis, premier roi de France
baptisé -, lui a donné l'occasion d'insister sur "l'héritage chrétien"
de la France. "Cet héritage nous oblige, car non seulement nous
devons le transmettre aux générations qui nous succèderont mais nous
devons l'assumer sans complexe ni fausse pudeur", a lancé M. Sarkozy, lors d'un discours au Conseil général.
Comme il l'avait fait en janvier 2007, au lendemain de son
investiture de candidat à la présidentielle, au Mont-Saint-Michel,
qualifié par lui de "lieu symbolique de l'identité de la France", comme
il l'a également fait à la Chapelle-en-Vercors, en novembre 2009, quand
il avait évoqué le "nécessaire débat sur l'identité nationale", M. Sarkozy a beaucoup parlé d'"identité" de la France. "Il faut qu'il y ait le respect de l'identité",
a-t-il affirmé, au moment même où l'UMP se lance dans un débat
controversé à gauche - mais aussi par certains à droite - sur la
laïcité et la place de l'islam en France, avec une première réunion
publique sur ce sujet vendredi à Troyes et une convention le 5 avril.
A ses yeux, "protéger notre patrimoine, c'est protéger
l'héritage de la France, c'est défendre les signes les plus tangibles
de notre identité"…"Je rappelle souvent Lévi-Strauss" qui disait "l'identité n'est pas une pathologie" et "à
tous ceux qui défendent, à juste titre, la
diversité, je voudrais dire que sans identité, il n'y a
pas de diversité". "A
l'origine de la diversité, il y a les identités, et ce n'est pas faire
preuve de fermeture que de croire en son identité pour mieux la faire
partager avec les identités des autres, a-t-il insisté.
Il a tenu à faire de nouveau valoir les "racines juives" de la
France, et a également confié qu'il avait été "impressionné et ému" par
les inscriptions en langue soufique - la langue des premiers corans,
selon Martin de Framont, conservateur du patrimoine de Haute-Loire -
sur d'antiques portes de cèdre de la cathédrale. "La chrétienté
nous a laissé un magnifique héritage de civilisation -- président de la
République laïque, je peux dire cela -- et le premier devoir est de
conserver et restaurer" en promettant "cet héritage une mission à laquelle l'Etat ne peut et ne doit se dérober".
A ce propos, accompagné de Frédéric Mitterrand, ministre de la
Culture, Nicolas Sarkozy a rappelé ses projets en la matière: création
d'une maison de l'Histoire de France, nouveau centre des archives à
Pierrefitte-sur-Seine, exposition au Grand palais à Paris à partir de
février 2012 des plans-reliefs de Vauban...
A l'appel de syndicats, 250 à 300 personnes ont manifesté le matin
au Puy-en-Velay, pour dénoncer, dans le calme hormis une brève
échauffourée, "la politique de régression sociale du gouvernement".
|