Sarkozy et le G20: les réactions

24/01/2011

Parti communiste français.

"Stigmatisant hier le poids du dollar, Nicolas Sarkozy promettait de tout changer avec un "nouveau Bretton Woods". Aujourd'hui, changement de pied ! Devenu président du G8 et du G20, il présente l'esquisse d'un projet de collaboration avec les États-Unis pour tenter de pérenniser la domination de leur monnaie. Lui qui se dit "favorable à une taxation sur les transactions financières " à l'échelle de la planète reste prudemment dans le domaine du vœu pieux en s'opposant à tout contrôle des flux de capitaux... A bon entendeur ! Le chef de l'État prétend vouloir réformer le Fonds monétaire international mais sans toucher au droit de veto dont bénéficient les États-Unis. C'est un peu court et surtout très éloigné de l'intérêt des peuples. La création monétaire doit servir le développement de toutes les capacités humaines au lieu de l'"ajustement structurel" imposé aux pays déficitaires au profit de leurs créanciers-spéculateurs et des marchés financiers. Le président français propose d'élargir le panier de droits de tirages spéciaux (DTS) au yuan, la monnaie chinoise, mais sans du tout remettre en cause les privilèges exorbitants du dollar, ce qui revient à proposer d'élargir à la monnaie chinoise le soutien à la domination de la devise américaine. Enfin, Nicolas Sarkozy n'est pas à une incohérence près ; lui qui dynamite la protection sociale en France, ose proposer d'aller vers "un socle de protection sociale universelle" qui ne serait, en fait, constitué que de minima sociaux misérables et d'appels au secteur privé pour les salaires et le financement des retraites, de la santé, de l'éducation...

Après avoir fait beaucoup d'esbroufe, le président Sarkozy débute sa présidence du G8 en s'alignant sur Washington, tout simplement. Or le G8 et le G20 ne sont des instances ni représentatives ni légitimes. C'est au sein de l'ONU, composée de 192 États, que les défis mondiaux doivent être prioritairement traités dans l'intérêt des populations. Les relations internationales, notamment financières, doivent être profondément transformées, et les règles anti-sociales du FMI mises en cause, pour faire face aux exigences du développement des pays du Sud."

 

Attac.

"Pour Attac la mise en place d'une telle taxe (sur les transactions financières) ne saurait attendre une énième étude ou un nouveau rapport, comme le propose le Président, qui va confier une mission à une personnalité "de la société civile". De nombreuses études de faisabilité ou d'impact existent déjà, c’est la volonté politique qui manque… Depuis 2008, la France n'a rien mis en œuvre pour désarmer la finance. Elle lui a même donné des gages en adoptant une réforme des retraites payée par les seuls salariés. Comment croire qu'elle fera mieux au G20?... Plus largement les propositions de la Présidence française pour le G20 en 2011 sont bien en deçà des attentes et des urgences. Il faudrait interdire les paradis fiscaux et les fonds hautement spéculatifs ainsi que la spéculation sur les produits agricoles, séparer les banques d'investissement et de dépôt, limiter drastiquement les rémunérations des banquiers et traders, proposer la mise en place d’une monnaie mondiale de coopération... Concernant la « gouvernance mondiale », le quarté gagnant annoncé par Nicolas Sarkozy ne laisse guère d’illusions sur ses intentions: une nouvelle organisation sur l'environnement, une organisation agricole unique, mais surtout le FMI pour surveiller et l'OMC pour enrayer tout écart au dogme du libre-échange. Aucune mention des Nations unies. Belle leçon de démocratie et de « respect du droit des peuples à se gouverner eux mêmes », selon ses propres termes. Les Nations unies restent pour Attac le seul cadre légitime pour mettre en place une régulation mondiale de la finance, de l’économie et de l’écologie."

 

Harlem Désir, numéro deux du Parti socialiste.

"On a assisté à un exercice d'autopromotion du président de la République mais la seule chose qui comptera, ce sont les résultats. Il ne faudrait pas que le président des promesses non tenues pour la France devienne le président des promesses non tenues pour le monde… Le chef de l'Etat "parle de réforme du système international mais il n'a pas su établir une coordination des politiques économiques en Europe et redémarrer le moteur franco-allemand pour régler la crise de l'euro. Il parle de taxe sur les transactions financières internationales --elle est nécessaire, attendue-- mais dans le même temps, il fait baisser l'aide publique au développement de la France."

 

Parti de Gauche

"En refusant d'avance ce type de contrôle (contre la spéculation), se contentant d'annoncer des indicateurs nouveaux, Nicolas Sarkozy se fait le gardien du désordre libéral en place… Il annonce d'avance qu'il refusera de contrôler les capitaux, tout en regrettant la volatilité et le risque accru de crises. Or, c'est bien le contrôle de la circulation des capitaux qui aurait pu empêcher la crise financière dans laquelle nous sommes actuellement plongés, d'une part en évitant la construction de la bulle et d'autre part en évitant la propagation de la crise. Au surplus, il est totalement surréaliste que Nicolas Sarkozy élude totalement la question de la crise de la dette publique qui affecte nombre de membres du G20. Rien sur les attaques spéculatives contre les Etats souverains, rien sur le type de mesures qui permet de s'en libérer comme le fit l'Argentine après la crise de 2001, en s'affrontant au FMI et aux détenteurs de la dette publique. Le marché tout puissant et les agences de notation peuvent donc dire merci à Nicolas Sarkozy."