
Sébastien Jumel : « La droite dresse une France contre une autre »
09/06/2011
Le maire de Dieppe et vice-président (PCF) du
conseil général de Seine-Maritime
dénonce un discours qui révèle la
vraie nature du « projet idéologique de la droite ».
Que vous inspirent les dernières déclarations de la droite ?
Sébastien Jumel. Elles soulignent une méconnaissance
du marché du travail et de la réalité quotidienne des familles qui
vivent des minima sociaux. Il y a là un vrai mépris de classe. À Dieppe,
ville populaire, les allocataires du RSA cherchent du travail, et même
quand ils cumulent ces revenus avec le RSA, ils sont bien en dessous du
seuil de pauvreté. Même le Conseil national des politiques de lutte
contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE – NDLR) le dit.
Aujourd’hui, la droite accuse les collectivités locales,
majoritairement
de gauche, de développer ce que Laurent Wauquiez
appelle le « cancer
de l’assistanat »…
Sébastien Jumel. À Dieppe, on a une tarification
sociale des cantines, des crèches, du conservatoire de musique, etc.
Mais pas seulement pour les bénéficiaires du RSA : les ouvriers, les
salariés modestes, en bénéficient aussi. Pas question de dresser une
France contre une autre ! Maintenant, on voudrait créer une main-d’œuvre
gratuite pour les collectivités ! Avec quel encadrement ? C’est un
effet d’annonce, politiquement inacceptable et pratiquement
inapplicable. Au moins, on a
une lecture claire du projet idéologique
de la droite : réveiller
les réflexes de classe dans l’électorat de
droite et d’extrême droite
en pointant du doigt une soi-disant « France
des assistés ».
Justement, dans un dossier sur
la « France des assistés »,
le Figaro Magazine écrit cette semaine que
« les aides locales sont
accordées
sous conditions de statut, et non pas
de revenus »…
Sébastien Jumel. Faux : on établit l’aide sociale en
fonction du « reste
à vivre ». Certaines personnes qui
ne sont pas au
RSA vivent aussi
des situations difficiles. Par exemple, dans notre
ville, on aide les salariés touchés par la crise, au chômage technique
ou partiel. Auparavant, pour leur accorder une aide, on leur demandait
leurs revenus de l’année écoulée : une aberration qui les
en privait.
Aujourd’hui, on adapte les politiques solidaires en fonction de la
situation actuelle des gens.
Le « flicage » peut aller très loin : dans les
Alpes-Maritimes, le conseil général UMP a créé une « brigade antifraude
au RSA » de 16 personnes…
Sébastien Jumel. La fraude est très marginale, comme
le rappelle
le CNLE. Les bénéficiaires du RSA sont contraints par un
contrat exigeant de se réinsérer. Difficile, quand le gouvernement
flingue Pôle emploi et les dispositifs de formation professionnelle ! En
matière de RSA, c’est plutôt l’État qui fraude : il doit à notre
département 87,3 millions d’euros (chiffre de 2010 – NDLR)
au titre du
transfert de charges.
|