
Services publics, l'emploi massacré

31/08/2010
L’Humanité s’est procuré le rapport annuel sur l’état de
la fonction publique. Les effectifs diminuent fortement dans la fonction
publique d’État tandis que la précarité progresse. Nombre de missions
sont abandonnées.
Pour la première fois depuis 1980, les effectifs de la Fonction
publique ne sont pas en progression en 2008. C’est le fait saillant du
rapport annuel sur l’état de la fonction publique qui va être présenté
aujourd’hui au conseil supérieur de la fonction publique et que
l’Humanité s’est procuré. Avec 5,3 millions de personnels en 2008, les
effectifs des 3 fonctions publiques réunies n’ont progressé que de 1800
agents. Le rapport note également une importante montée de la précarité.
Il révèle que 872 600 agents publics sont des non titulaires, soit près
d’1 agent sur 5.
un exercice comptable
Sans surprise la fonction publique d’État (FPE) est la plus touchée
par la diminution des effectifs. Lancée en juillet 2007, la révision
générale des politiques publiques (RGPP) devait permettre de réduire les
déficits publics «en modernisant l’État». En guise de modernisation,
elle a surtout consisté en un exercice comptable visant à ne pas
remplacer un fonctionnaire sur deux partants à la retraite. « 100 000
postes de fonctionnaires ont été supprimés », se félicitait Nicolas
Sarkozy en juin 2010 dans une lettre au premier ministre . Pour la seule
année 2008, les effectifs de la FPE ont fondu de 77 500 postes dans les
ministères et les établissements publics à caractère administratif
(ÉPA). La diminution du nombre des agents publics de l’État se traduit
par une dégradation très inquiétante des missions de service public. On
le ressent particulièrement dans l’Éducation nationale. Elle a perdu
plus de 110 000 postes depuis dix ans et cette regression s’est
brusquement aggravée. D’une perte de 1% en moyenne annuelle, on est
passé à une diminution de près de 4% en 2008. Mais cette dégradation est
générale. Des missions sont déléguées au privé comme à Pôle emploi,
désorganisé par la fusion avec l’Assedic et les diminutions de postes.
Dans l’équipement, les missions de conseils aux communes et
d’ingénieries sont abandonnées. De même pour ce qui concerne les
services de contrôle et de répression des fraudes.
La situation est différente dans la fonction publique territoriale
(FPT). Les effectifs des agents des collectivités locales, qui
représentent 35% des agents publics, ont progressé de 69 000 postes. Il
faut noter que des transferts ont été effectués de l’Etat vers les
collectivités locales. Mais l’essentiel des postes créés dans la FPT,
500 000 en 10 ans, répond à l’explosion de la demande sociale (le RMI ou
l’APA par exemple) prise en charge essentiellement par les communes et
les départements. Le désengagement de l’Etat oblige d’autre part les
collectivités locales à s’investir davantage dans des domaines comme la
culture ou l’environnement. Enfin la progression des effectifs dans la
fonction publique territoriale accompagne l’accroissement de la
population. Ce dynamisme – reproché par le pouvoir aux collectivités
locales au nom de la rigueur– est aujourd’hui freiné par leur
étranglement financier. Le rapport annuel montre que si elle reste
forte, la progression des effectifs dans la FPT s’est ralentie en 2008
(3,9% contre 5,4% en 2007).
L’évolution est comparable dans la fonction publique hospitalière
(FPH). Les personnels des hôpitaux publics et établissements autonomes
d’hébergement pour personnes âgées représentent 1 045 042 personnes fin
2008. Depuis 1998, les effectifs de la FPH ont augmenté de 1,8 % en
moyenne annuelle. En 2008, les effectifs augmentent globalement de moins
de 1%.
de sombres perspectives
L’inquiétude est d’autant plus grande que la tendance à la diminution
des postes est loin de s’être inversée depuis 2008. Et les perspectives
sont des plus sombres. Le rapport met en évidence une pyramide des âges
qui verra le départ de 300 000 agents publics à la retraites d’ici
2012. Si un poste sur deux n’est pas remplacé, cela signifie une
disparition brutale de 150 000 nouveaux emplois publics.
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