
Ils préparent un super-plan d’austérité
02/12/2009
Pour
réduire les déficits qui ont explosé et les ramener coûte que coûte
dans les normes du pacte de stabilité européen, les autorités
françaises envisagent des coupes comme jamais dans les dépenses
publiques et la Sécurité sociale.
Coupes
dans les budgets publics et dans les prestations de la Sécurité
sociale, suppression massive d’emplois de fonctionnaires. Sans le dire,
c’est une super-purge que le gouvernement est en train de préparer aux
Français. Confrontée à un endettement et à des déficits publics qui ont
effectivement explosé, dépassant respectivement 80 % et 8 % du produit
intérieur brut (PIB), contre 60 % et 3 % requis par le traité de
Maastricht, la ministre des Finances, Christine Lagarde, a annoncé
lundi, à l’issue d’une rencontre avec son homologue allemand, Wolfgang
Schäuble, qu’elle entendait faire revenir la France dans la norme
maastrictienne d’ici à 2013 en pratiquant, dit-elle, « un effort de
réduction de plus de 1 % par an » à partir de 2011.
Le premier ministre François Fillon avait déjà évoqué la nécessité
d’en passer par une telle « purge », tout en fixant cependant
l’échéance à 2014. Depuis, Bruxelles, par le biais de Joaquin Almunia,
commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, a tancé la
France, insistant sur la date de 2013 et soulignant que des marges
existaient « du côté de la dépense ». Compte tenu que le déficit public
français devrait être encore de 8,5 % l’an prochain, selon les
prévisions du ministère des Finances lui-même, il n’est pas nécessaire
d’être un mathématicien pour conclure qu’un retour à 3 % en 2013
signifierait une réduction de près de 2 % par an, bien supérieure donc
encore au rythme de 1 % – déjà considérable – invoqué par Christine
Lagarde.
Nous avons calculé qu’il faudrait ponctionner les dépenses publiques
d’au moins 40 milliards d’euros par an. D’où, sans doute, la nécessité,
relevée récemment sans rire par le ministre du Budget, d’être « encore
plus rapide dans la contrainte ». Et Éric Woerth de mettre les points
sur les i : « On doit continuer l’effort que nous faisons sur la masse
salariale, c’est-à-dire sur la réduction du nombre de fonctionnaires. »
Le propos a le mérite de la clarté : on irait ainsi vers la
suppression de dizaines de milliers de postes d’ingénieurs ou de
techniciens de l’équipement, d’assistants sociaux, d’enseignants, etc.
Une nouvelle « apuration » des comptes de la Sécurité sociale est
également dans le collimateur du gouvernement.
Promouvoir à tout prix
un euro fort
La démarche n’est pas seulement le reflet d’une volonté d’appliquer
à la lettre les dogmes monétaristes qui régissent les pays de l’euro.
Même si l’annonce, depuis Berlin, d’un surcroît de rigueur budgétaire à
venir de la France ne doit naturellement rien au hasard, la première
puissance économique de la zone euro faisant preuve d’une singulière
détermination à faire respecter les règles du pacte de stabilité,
destinées, on le sait, à promouvoir à tout prix un « euro fort »,
attrayant pour la place financière européenne. Et cela, en dépit des
conséquences pour les exportations de la zone.
Mais la fébrilité constatée autour de la réduction des déficits
tient aussi aujourd’hui à la crainte de plus en plus perceptible d’un
krach de l’endettement public. Après les retentissantes faillites de
l’Islande et de Dubai, des menaces se font jour en effet jusque dans la
zone euro. En cause : les politiques très coûteuses qui ont consisté
partout à soigner les marchés financiers en les dopant aux amphétamines
publiques. Du coup, les États membres les plus fragilisés comme la
Grèce, qui affiche désormais un déficit de 12,7 % de son PIB, sont au
bord de l’asphyxie.
Selon un parallèle très édifiant, ce sont les collectivités
territoriales que l’on s’apprête à ponctionner avec le plus
d’empressement en France et en Allemagne. Régions et départements de ce
côté-ci du Rhin, Länder et communes de l’autre doivent être soumis au
régime sec. Leurs rentrées fiscales vont être pareillement ponctionnées
(réforme de la taxe professionnelle en France, baisses d’impôts pour
les entreprises en Allemagne). Avec des conséquences désastreuses sur
le plan social, qui ne seront pas sans effets pervers sur la croissance
et l’emploi, qu’elles risquent de plomber pour une longue période. Ces
« purges » reviennent plus que jamais à présenter la super-addition de
la crise aux populations. Un choix qui n’est naturellement pas sans
rapport avec celui des surenchères populistes que pratique Nicolas
Sarkozy. Précisément dans la perspective des prochaines élections
régionales.
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