

Cette gauche qui veut transformer l’Europe
Le Parti de la gauche européenne (PGE) vient de tenir son université
d’été en Espagne. Au menu des discussions : crise, écologie, Amérique
latine et rencontre entre militants.
Valence (Espagne),
« J’espère que vous allez trouver des solutions. » Dans l’ascenseur
de l’hôtel de Valence, une femme interpelle, en voyant son badge, l’un
des participants à l’université d’été du Parti de la gauche européenne
(PGE), qui réunit diverses formations progressistes européennes. « Je
viens de licencier 71 personnes », confie-t-elle à un membre du Parti
communiste français. Elle travaille dans le bâtiment, un secteur
dévasté après la spéculation immobilière. Conséquence de la crise,
l’Espagne connaît un chômage de masse, à plus de 20 %. « Il n’y a pas
de capitalisme à visage humain capable de satisfaire les besoins
humains ! » lance dans son introduction Marta Sanz, secrétaire du Parti
communiste du pays valencien, lequel, avec le PC espagnol (PCE),
accueillait les travaux. Logique, donc, que la question de la crise
financière soit au coeur des débats de la centaine de participants
venus de 19 pays, membres de l’Union européenne (UE) ou non. Autres
thèmes au menu : les résultats du scrutin chez les Vingt-Sept, et le
lien entre social et écologie. Particulièrement à l’honneur, l’Amérique
latine (voir ci-contre).
Pour l’Allemand Richard Detje, de la revue Sozialismus, on est là
dans une crise générale du capitalisme, les différents modèles étant
touchés, « qu’il soit anglo-saxon, nordique ou d’Europe centrale et
méditerranéenne ». Selon lui, « quarante années d’un certain
développement sont arrivées à leur terme ». L’économiste met en garde
contre un « effet de second tour », à un moment où certaines institutions prévoient une
reprise dès 2010. « Augmentation du chômage et baisse de salaires
entraînent une diminution du pouvoir d’achat. » De quoi entraîner une
nouvelle chute de la croissance après une courte reprise.
Redistribuer les pouvoirs
De pouvoir d’achat, il en a été beaucoup question. Nombre d’intervenants ont présenté des
graphiques en courbe descendante. Celle de la part des salaires dans le
produit intérieur brut (la richesse créée annuellement), qui n’a fait
que baisser depuis les années 1970, au profit des bénéfices. Mais les
intervenants ne s’arrêtent pas là. Pedro Paez, ancien ministre de
l’Économie d’Équateur, avertit que cette tendance s’accompagne d’une
« financiarisation du capitalisme ». Pour lui, « le profit a augmenté
bien plus que la formation brute de capital fixe », c’est-à-dire les
investissements. Autre graphique à l’appui, il montre que, sur son
continent, l’Amérique latine, l’avènement du néolibéralisme, la
dérégulation des marchés de capitaux, loin d’attirer des capitaux, ont
conduit « à une baisse des investissements dans les années 1970 ». Il
fait donc la preuve de l’inefficacité d’une telle politique. Pedro
Paez, qui est aussi membre de la commission Stiglitz de l’ONU pour la
régulation financière, esquisse plusieurs propositions : en finir avec
l’hégémonie du dollar, redistribuer les pouvoirs pour briser la
concentration de l’économie, mettre en place des blocs économiques
régionaux qui émettraient une monnaie régionale de réserve.
Le contrôle de la monnaie
À ses côtés à la tribune, Denis Durand (PCF), syndicaliste à la
Banque de France, revient sur le rôle crucial de la monnaie. Et de la
manière progressiste de l’utiliser pour contrer les origines de la
crise : en relevant la part des salaires dans l’économie et en
utilisant les profits pour l’investissement et non les dividendes.
Studieux, les participants ont pu l’entendre montrer les mécanismes par
lesquels la création de monnaie dans les années 1980 a été faite pour
attirer les capitaux, plus que pour favoriser la production. « Le
mouvement social sait où il faut mettre de l’argent. La question du
contrôle de la monnaie est un élément du rapport de forces », prévient
l’économiste français, qui appelle à une « multiplication des luttes ».
Pedro Paez, qui voit dans la crise une « guerre économique pour savoir
quels sont les capitaux qui vont survivre », appelle les progressistes
à donner à la « politique, une nouvelle direction morale ». Sinon, le
pire peut advenir.
Entre discussions au moment des repas, interventions dans les
débats, les participants ont donné des éléments sur la vie politique et
sociale de leur pays, sur les résultats nationaux aux élections
européennes. Provoquant une réunion samedi soir, les jeunes se sont
inquiétés de la montée de l’extrême droite dans de nombreux pays. L’un
d’eux, Armando Steinko, d’Izquierda Unida (Espagne), a pointé le doigt
sur la montée de partis de classe moyenne en marge de la gauche (Verts,
Italie des valeurs, etc.), divisant politiquement le monde du travail.
Alors que le Parti de la gauche européenne (PGE) avait présenté un
projet commun aux forces progressistes qui le composent, lors des
élections de juin, cette université d’été a été l’occasion de lui
donner un peu plus de corps en faisant se rencontrer les militants de
différentes formations. « Nous sommes un excellent laboratoire de la
mondialisation de la gauche », estimait Maite Mola (PCE) dans sa
conclusion. Certains étaient présents lors du rassemblement à Paris
l’an dernier, d’autres reviendront l’année prochaine. Et dans les
dernières heures, les jeunes (et pas seulement) échangeaient leurs
adresses pour garder le contact.
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