Faire de notre congrès
des 18, 19 et 20 juin prochain un congrès
d’initiatives et d’actions, voilà ce que
nous avions décidé en lançant sa
préparation. Cette ambition est plus nécessaire
que jamais. Sur la base du débat maintenant largement
engagé, le moment est donc venu de préciser les
décisions que notre congrès pourrait discuter,
enrichir et adopter pour aider notre peuple à
résister à la politique de Nicolas Sarkozy et
à faire face aux échéances politiques
à venir.
Réévaluons
d’abord la situation qui n’a cessé
d’évoluer depuis la sévère
défaite de la droite aux élections
régionales de mars dernier.
Premier constat, le besoin d’alternative au pouvoir de
Nicolas Sarkozy est de plus en plus ressenti comme une urgence par des
millions de nos concitoyennes et de nos concitoyens. C’est ce
qui va déterminer leurs choix dans les mois à
venir et jusqu’en 2012. La crise dans laquelle est
entré le système capitaliste à
l’été 2008 ne cesse de
s’amplifier avec de terribles conséquences sur la
vie d’un nombre croissant de jeunes en situation de
précarité, de travailleurs de toutes conditions,
de retraités. Les peuples souffrent, et il est devenu clair
que c’est pour nourrir des gâchis financiers de
plus en plus faramineux. Alors que les dogmes ultralibéraux
qui sont l’essence des traités actuels de
l’Union européenne mènent tout droit
à la récession, les gouvernements de
l’UE en remettent une couche en imposant des purges
d’austérité de plus en plus brutales
pour financer les engrenages spéculatifs. En France, le
pouvoir se révèle au service exclusif des
possédants. Il foule au pied
l’intérêt général.
Si on laissait faire le gouvernement Sarkozy, tout serait
sacrifié, tout y passerait, comme on le voit avec les
retraites, la mise en pièces de la démocratie
locale ou encore l’école, comme le montrent les
dernières directives gouvernementales. C’est
insupportable. Tout nous ramène donc à cette
première urgence essentielle :
résister et stopper au plus vite cette machine
infernale ; sortir de ces logiques en ouvrant la
voie à une nouvelle ère de transformations
progressistes politiques, sociales et démocratiques.
Deuxième constat, si le
rejet de la politique Sarkozy est grandissant, s’il y a dans
le pays de la colère et de
l’écœurement, si notre peuple
n’est pas résigné, ni socialement, ni
politiquement, et n’a pas abdiqué ses valeurs
d’égalité, de solidarité, de
fraternité, il doute de la politique et de la gauche pour
changer la vie. Et il est vrai que les conditions d’une
alternative politique, réussie, à la hauteur des
enjeux de la crise actuelle, sont loin d’être
réunies. Les échéances politiques de
2012 se présentent sous un jour contradictoire. Elles
peuvent aussi bien ouvrir la voie à cette alternative,
c’est-à-dire à une majorité
politique susceptible de mettre en œuvre une politique de
rupture progressiste, soit refermer cette possibilité, en
étouffant le nécessaire débat de
projet à gauche dans la mécanique
présidentialiste, au prétexte que seul compte
l’objectif de battre Nicolas Sarkozy. C’est le
second défi à relever :
faire dominer le débat que l’on va tenter
d’étouffer. Comment construire une alternative
gagnante à la droite sarkozyste, qui permette à
une nouvelle majorité politique présidentielle et
législative de mettre en œuvre un réel
projet de sortie de crise pour les millions de salariés qui
en paient aujourd’hui le prix ?
Aujourd’hui, le projet
politique du PS, qui maintient
l’ambiguïté entre un discours plus
à gauche et son refus de ruptures fortes, et celui
d’Europe Écologie, qui n’offre aucune
cohérence de transformation, sont loin
d’être à la hauteur de cette question.
Le Front de gauche, dont le Parti communiste a pris
l’initiative, a soulevé un espoir prometteur, mais
sa démarche n’est pas encore assez populaire, pas
assez crédible pour toutes celles et ceux qui doutent de la
politique et de la gauche. C’est pour cela que nous
paraît nécessaire une nouvelle phase du Front de
gauche, beaucoup plus ambitieuse, et tournée vers toutes ces
femmes et ces hommes de gauche qui cherchent l’issue. La
dynamique à créer est possible, à
condition d’énoncer clairement
l’objectif que nous nous fixons, une majorité
politique sur un contrat de changement clair ;
à condition dans le même temps de
dégager les voies concrètes de cette
construction. Il faut donc décider avec netteté
quelles initiatives prendre, quels chemins ouvrir, quelles dynamiques
de rassemblement enclencher qui rendront peu à peu
crédible la perspective d’un très large
rassemblement politique à gauche, d’une
majorité politique de changement.
Le Front de gauche doit plus que
jamais apparaître et vivre comme un processus de
rassemblement ouvert susceptible d’initier d’ici
à 2012 un nouveau Front populaire qui mette en tous domaines
au cœur de son projet ce principe,
« contre les marchés financiers,
l’humain d’abord ». Nous voulons
mettre ce principe au cœur de la gauche. C’est
cette démarche qui nous a fait gagner en 2005,
c’est celle qui peut nous faire gagner en 2012. Il ne
s’agit donc pas de figer la division de la gauche, de
structurer un parti de l’autre gauche. Nous voulons unir et
rassembler les femmes et les hommes de gauche dans leur
diversité sur un contrat de changement. Le Front de gauche
peut être le porteur de cette ambition, le chemin de ce
rassemblement s’il vise bien cet objectif de nouveau Front
populaire.
Comment y
parvenir ? Notre congrès pourrait
décider de prendre l’initiative dans trois
directions.
D’abord, donner le
signal d’une résistance amplifiée et
immédiate, sans attendre 2012, pour enrayer les logiques
destructrices du gouvernement. Dans trop de domaines, le point de
non-retour peut être atteint. D’ici à
2012, notre pays doit entrer en résistance en
répondant coup pour coup aux projets du gouvernement. Notre
congrès devrait lancer un appel qui alerte sur
l’ampleur des dégâts
désormais atteints, refuse leur banalisation et invite
à un élan nouveau de mobilisation nationale pour
dire stop à toute nouvelle destruction. Cet appel devrait
s’adresser à tous les femmes et hommes
attachés aux valeurs de notre pays, à toutes les
forces politiques et sociales de gauche pour dire ensemble :
non, d’ici à 2012, Sarkozy n’avancera
plus. Notre congrès pourrait dans ce cadre
décider de nouvelles initiatives pour la défense
du droit à la retraite durant
l’été et à la
rentrée. Nous pourrions également
décider d’engager une mobilisation de
même ampleur sur l’école en vue de la
rentrée scolaire où les attaques du gouvernement
sont maintenant globales et visent à dynamiter tout le
système éducatif. La casse
systématique de tous les services publics et la
réforme des collectivités territoriales appellent
aussi des mobilisations renforcées. Enfin, dans le cadre de
la préparation du congrès du PGE que nous
organiserons à Paris début décembre,
nous pourrions travailler à une importante initiative de
mobilisation européenne.
Ensuite, engager dans tout le
pays, à partir de ces mobilisations, de toutes les
résistances, la rédaction d’un pacte
d’union populaire, qui prendrait des engagements
précis, dessinerait un nouveau projet de gauche pour sortir
de la crise et ouvrir une nouvelle ère de
progrès. Il s’agirait de lancer à
partir du Front de gauche un processus public et multiforme, associant
le plus grand nombre possible, soit des centaines de milliers de
personnes, à l’élaboration de ce pacte.
Ateliers d’écriture dans les quartiers et les
entreprises, réseaux sociaux par grandes
thématiques, collectifs jeunes, cahiers populaires du
projet, comités d’initiative à
l’appel de nos élus, conventions,
assises… Toutes les formes devraient être
imaginées pour permettre l’appropriation la plus
large possible de cette démarche. Ce travail serait le point
de convergence de toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans le
Front de gauche pour construire ce nouveau Front populaire en 2012. Et
leur permettrait de s’engager sous les formes
appropriées, décidées par eux. Un site
forum et l’abonnement à une lettre
électronique pour celles et ceux qui le souhaitent rendant
compte de toutes ces initiatives matérialiseraient ce large
réseau populaire. Les forces du Front de gauche pourraient
coordonner, déployer, animer cette démarche,
libre cours étant donné à toutes leurs
énergies militantes. Des rendez-vous nationaux
concrétisant ce travail devraient être construits
d’ici la fin du printemps 2011. Pour ce qui le concerne, le
Parti communiste pourrait dans ce cadre déployer un intense
travail sur son projet afin de nourrir le processus. Il
s’agirait en quelque sorte de construire le pacte
d’union populaire sur lequel nous proposerions à
une nouvelle majorité politique de gauche de gouverner en
2012. Ce processus pourrait être lancé en grand
lors de la Fête de l’Humanité.
Enfin, parallèlement
à ce processus, lancer le débat, dans le Parti
communiste et au-delà avec les forces du Front de gauche,
avec toutes les femmes et les hommes qui à gauche se
reconnaîtraient dans cette démarche, sur les
candidatures susceptibles de porter un tel pacte dans les
échéances de 2012. Pour les élections
législatives, notre volonté est de mettre au
cœur du débat la question d’une
majorité politique, et non l’élection
d’une écurie présidentielle
à l’Assemblée. Nous visons donc, outre
la réélection des députés
communistes et du Parti de gauche sortants, le gain de nombreux
députés portant les objectifs du pacte.
C’est avec une vraie ambition que la recherche des
candidatures nécessaires doit être entreprise
rapidement à partir de la réalité des
nouvelles circonscriptions.
Pour la présidentielle,
nous aurons plusieurs hypothèses à examiner.
Participation au processus des primaires lancé par le PS,
candidature du PCF ou candidature de rassemblement avec le Front de
gauche, qui puisse être issue d’une des formations
du Front de gauche, ou d’une personnalité qui
partagerait les objectifs du pacte. Le débat est ouvert.
C’est en construisant le pacte et l’implication
populaires les plus larges possible que nous nous donnerons les
meilleurs atouts de désigner une candidature efficace et
rassembleuse, de donner à voir une autre conception de la
politique que celle de
l’hyper-présidentialisation. Reste à
débattre de la manière dont le choix
d’une candidature de rassemblement, parmi celles qui ne
manqueront pas de venir en débat, pourrait être
arrêté en associant les adhérents de
nos formations.
En ce qui concerne le Parti communiste, l’ensemble de ces
processus de décision devrait se déployer
d’ici à son prochain congrès au
printemps 2011, en respectant la pleine souveraineté des
adhérents à chaque étape.