Vincent Peillon troque les contenus pour la tactique

Parti socialiste . Primaires pour 2012 et alliance avec le Modem ont été approuvées par acclamations lors des ateliers d’été du courant l’Espoir à gauche, ce week-end, à Marseille.

Les couleurs vaticanes de l’Espoir à gauche, courant minoritaire du PS - jaune canari et blanc… royaliste frappé d’une discrète rose au poing -, ont flotté, vendredi et samedi derniers, devant le palais du Pharo (construit sous le règne désastreux de Napoléon le Petit), dans lequel, au grand auditorium, ont planché un millier de militants. Pari réussi donc à quelques jours de l’université d’été du PS pour ce qui fut la garde rapprochée de Ségolène Royal durant la campagne présidentielle. Patrick Menucci, François Rebsamen, Jean-Louis Bianco, et surtout Vincent Peillon qui, « dans le désert que (nous) traversons plein de petites querelles et de petites ambitions », entend donner un « signe d’espoir » aux socialistes en promouvant un « rassemblement de tous les progressistes » pour gagner la présidentielle de 2012. Il propose ainsi que le challenger de Nicolas Sarkozy soit désigné par des primaires à gauche, puis soutenu par une coalition allant du Modem au PCF, en passant par les Verts, chacun de ces partis privés a priori de candidat en 2012 pouvant néanmoins espérer, comme l’a lourdement souligné François Rebsamen, « l’instauration de la proportionnelle » aux législatives.

Des alliances certes mais pour quel mariage programmatique ? De la carpe libérale Marielle de Sarnez à l’ex-membre et dirigeant du Parti communiste Robert Hue, aujourd’hui président du Nouvel Espace progressiste (NEP), des personnalités politiques, à l’exception de représentants du PCF, du Parti de gauche et de l’extrême gauche, étaient invitées, samedi après-midi, à en débattre avec une salle visiblement impatiente de voir se réaliser « l’unité », serait-elle de façade, face à la violence antisociale du pouvoir sarkozyste.

Commencé avec une heure de retard en l’absence de Julien Dray (ceci n’ayant pas de rapport avec cela) annoncé comme représentant le PS, l’exercice de démocratie participative s’est en fait résumé à une suite de longs monologues, brouillons en matière de propositions alternatives à la politique de la droite. La vice-présidente du Modem, dont le programme économique concocté par Jean Peyrelevade comprend l’abolition des 35 heures, l’allégement des charges patronales et la « liberté » de prendre sa retraite après 65 ans, a estimé que « ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous sépare ». Le sénateur du Val-d’Oise, Robert Hue, s’est présenté comme « libre et indépendant des appareils politiques ». « Rien ne m’effraie dans les propositions de rassemblement qui sont les nôtres », a-t-il affirmé, évoquant un « compromis historique » à l’italienne avec le Modem et relançant son concept de « pacte unitaire de progrès ».

Progrès, progressiste… Des mots qui sifflent aux oreilles du « libéral-libertaire » Daniel Cohn-Bendit car, a-t-il dit, tout en réclamant un « inventaire » des années Jospin, ils font partie du « vocabulaire de la gauche archaïque ». Fort de son succès récent aux européennes, le député écologiste, qui cause couramment le moderne mais qui n’est pas non plus un perdreau de l’année, a martelé que « le PS ne peut plus être hégémonique ». Il s’est prononcé pour des primaires à gauche, « si au moins quatre millions de citoyens » rallient, quitte à avoir une double appartenance, « le rassemblement écologiste, social et démocratique » qu’il appelle, dans cet ordre, de ses voeux. Quant à Christiane Taubira, qui remplaçait avantageusement le président du PRG, Jean-Michel Baylet, elle s’est demandé si la gauche allait continuer à « capituler devant les multinationales » tout en critiquant vigoureusement l’action du FMI dirigé par un certain Dominique Strauss-Kahn.

Comme le disait, dubitatif, ce groupe de militants à la sortie du conclave marseillais, « y a du pain sur la planche ! ». Il pourrait être encore de couleur noire pour le PS, l’an prochain, aux régionales. Le sujet, qui devrait être au centre des débats le week-end prochain à La Rochelle a été, en effet, clairement « laissé de côté » à Marseille, selon l’expression de Vincent Peillon qui, les yeux exclusivement fixés sur l’horizon 2012, a invité Martine Aubry à « méditer » sur ses propositions.